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John Tefana invite la jeunesse à cultiver son jardin

John Tefana, installé à Tikehau depuis qu’il est à la retraite il y a trois ans, n’a pu se résoudre au repos. Il s’est lancé dans la culture pour nourrir sa famille et offrir aux jeunes de l’île une alternative à l’inactivité.



Voltaire disait en guise de conclusion de son conte philosophique intitulé Candide ou l’Optimisme : « Il faut cultiver notre jardin ». Sans doute voulait-il, par là, suggérer à l’homme de travailler pour être heureux, d’entretenir son bonheur, de cultiver son propre savoir-faire et d’exercer ses talents. Pour John Tefana, le conseil a du sens. Originaire de Rapa, où il n’a « jamais mis les pieds », il a pris sa retraite il y a trois ans après plus de trente années passées à Tahiti. Il est installé depuis à Tikehau, l’île dont sa femme est originaire. « Je ne suis pas agriculteur », insiste-t-il. « Mais je veux faire pousser des choses. » Tout en faisant « passer le temps », il souhaite « montrer l’exemple ».

Son fare est installé côté océan. Une plage d’une dizaine de mètres le sépare des eaux. Un chemin de sable d’à peine deux mètres la sépare de ce qui est devenu un fa’a’apu.

Sur son terrain, il a creusé des trous ou tranchées avant de planter fruits et légumes. Il retire les pierres et morceaux de coraux, dépose une couche de sable filtré, de la bourre de coco broyée, des palmes de cocotiers ou feuilles de bananiers. Il fabrique un engrais « naturel et fait maison » à base de poissons. Il s’est rappelé pour cela une interview vue à la télévision de Thomas Moutame, tavana de Taputapuatea (Raiatea) et promoteur de la recette. John Tefana vaporise sur ses cultures un mélange savamment dosé de restes de poissons, de mélasse et d’EM (une solution inactivée de micro-organismes).



Il a commencé avec différentes variétés de pastèques qui ont donné les trois premières années avant de présenter des signes de fatigue. « Les variétés orange fonctionnaient le mieux. Mais j’ai peut-être mis trop d’engrais », concède John Tefana. « J’ai voulu aller trop vite. » Un nouveau test est un cours. Il a de nombreux bananiers en fond de terrain, presque une bananeraie, verdoyante et humide. Les papayers s’épanouissent, de même que les kava, citronniers, manguiers. Les figues donnent trop. « Je fais de la confiture avec les fruits. » Les caramboles et corossols poussent bien, eux aussi, tout comme les pitayas. Les goyaves sont piquées, les tomates, abondantes, « mais elles sont noires sur une partie. » John Tefana, à chaque nouvel obstacle, cherche des solutions. Il s’interroge sur ses pratiques, teste de nouvelles graines. Il a installé quatre ruches pour favoriser la pollinisation, mais aussi pour obtenir du miel. « On a trois récoltes par an sur l’atoll », affirme-t-il.


Pour compléter les repas de la famille, il pêche au pātia la langouste, les crabes et cigales de mer ou chasse au pūhi pūhi les perroquets à quelques mètres de son fare. En bateau, il va chercher le gros, côté lagon, le thon ou le marlin. Il ramasse les kaveu qui se perdent dans sa bananeraie. Il a construit une cage pour les héberger et les nourrir de cocos quelques jours avant de s’en délecter.


Il donne le surplus de sa production à l’église où il se rend au moins une fois par semaine. Le dimanche, à la messe, il témoigne.


« J’essaie vraiment de pousser les jeunes. Je leur montre que c’est possible, je les encourage à faire, eux aussi, des plantations. »


Les plus motivés restent confrontés à un problème financier. John Tefana voudrait solliciter la commune pour obtenir un terrain domanial. Il a déjà pensé au problème de l’eau, et calculé les capacités des citernes.


« On pourrait voir plus grand, fournir la cantine de l’école. Mais, pour cela, il faut vraiment que les jeunes s’y mettent ! »

Il a planté dans un coin de jardin diverses variétés de canne à sucre. « Ça pousse bien ! » Encouragé, il s’est renseigné sur le prix d’un extracteur de jus. Il imagine déjà lancer une petite production de jus de canne à sucre, mais aussi d’eau de coco. Un nouveau snack a ouvert ses portes non loin, les touristes s’y pressent. Ils sont d’ores et déjà la première cible visée. John Tefana n’est à court ni d’énergie ni d’idées. Il a bon espoir que son entrain finisse par payer.







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Dossier à retrouver dans votre magazine Tama'a# 28 - juin 2023

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