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Le miel d’Anaa sur les étals de Tahiti

Il a appris, grâce à un formateur de passage sur l’atoll, à prendre soin d’une ruche, à récolter du miel, puis à sélectionner et élever des reines. Toti Tokoragi, maçon, menuisier, constructeur, coprahculteur est à présent aussi apiculteur. Il produit un miel sombre, sucré, goûtu qu’il vend à Tahiti au supermarché de Hamuta. Il a aujourd’hui une clientèle fidèle.



Son neveu s’est lancé dans l’apiculture en 2015. « Au début, j’avais peur des abeilles, je ne pouvais pas approcher une ruche », avoue Toti Tokoragi qui ne voulait pas entendre parler d’apiculture il y a moins de dix ans. En 2016, Kala’i Selam, apiculteur et formateur est venu à Anaa animer une session d’apprentissage. Toti Tokoragi, maçon, menuisier, constructeur, coprahculteur s’est inscrit par curiosité, mais aussi pour diversifier son activité. Il a réussi à dompter son appréhension. « Aujourd’hui, je suis même capable de retirer la combinaison à proximité du rucher ! »


Toti Tokoragi a quelques ruches autour de son fare, sur le motu principal d’Anaa. Il vit à Tukuhora. Anaa est situé à 377 kilomètres de Tahiti. Il est un atoll ovale de 28 kilomètres de long sur 7 de large au maximum. Son lagon s’étend sur 9 000 hectares divisés en trois bassins et cerné par onze principaux petits motu. La majorité des abeilles de Toti Tokoragi vit sur l’un d’eau, à l’abri des regards et d’une cocoteraie. Pour s’y rendre, il faut un bateau. Après avoir accosté, il faut « beaucoup marcher », commente l’apiculteur.


Un goût unique à chaque récolte

Il a 30 ruches dont les locataires butinent des cocotiers, bien sûr, mais également du goe goe, du gatae, du miki miki, du kahia, du uru. Elles aiment également le kava, la fleur de tiare ou encore les tumera. Toti Tokoragi ne connaît pas la composition exacte et précise de sa production. Mais il voit les insectes se poser sur certaines des plantes de son motu. Le miel, d’une récolte à l’autre, n’a jamais le même goût. Cela varie sans doute en fonction du temps, de l’humidité, des fleurs disponibles, de la concentration en nectar, de l’appétence des insectes pour telle ou telle espèce... Même si le processus de récolte reste invarié, la couleur, la consistance et, bien sûr, la saveur du miel changent. Il est plus ou moins sombre, plus ou moins liquide, plus ou moins collant.


Toti Tokoragi produit en moyenne 350 kilogrammes de miel par an depuis 2016.


Il fait deux récoltes par an, une première en janvier, une seconde en juillet. Cette activité suit de près le ramassage des cocos pour le coprah. Ces récoltes durent respectivement, pour une vingtaine de riches, entre 3 et 5 jours. Les ruches sont dispersées sur le motu, il lui faut parcourir une distance certaine pour récupérer le précieux liquide. Il se fie à l’operculation des cadres pour commencer l’opération. En effet, les abeilles ferment les alvéoles des cadres pour éviter que le miel ne s’écoule lorsqu’elles sont pleines. La récolte a lieu quand la plupart des alvéoles sont fermées. Toti Tokoragi dispose d’extracteurs sur le motu. Le miel s’écoule dans un seau avant d’être placé dans un maturateur. « Je le manipule la nuit, entre minuit et 2 h du matin quand les abeilles dorment », précise l’apiculteur. Le miel est ensuite placé dans des caisses réfrigérées et envoyé à Tahiti par la goélette où il est mis en pot. Toti Tokoragi garde, sur commande, une toute petite partie de sa récolte pour les habitants de l’atoll, mais l’essentiel rejoint Pirae où il a de fidèles consommateurs.


« Au début, je récoltais le miel plutôt au bout de 4 mois, mais à présent je le garde 2 mois de plus, je le laisse maturer un peu plus, les clients préfèrent quand il a plus de goût, qu’il est plus lourd et foncé. » Pour s’assurer de la qualité du produit fini, Toti Tokoragi est allé à Tahiti, dans le magasin revendeur. Il a pu apprécier son miel conditionné.


Un écosystème en harmonie

En dehors de la récolte, il garde un œil sur ses protégées, il surveille ses couvains (œufs, larves et pupes d’abeilles). Il sait immédiatement quand elles souffrent, quand la ruche n’est pas en bonne santé, quand la reine est vieillissante. Il n’a pas besoin d’attendre la récolte pour intervenir. Pour confirmer le bon état de santé des insectes, il soulève un cadre ou deux. « Il suffit d’en regarder un ou deux, on voit tout de suite s’il y a un problème ». Les reines demeurent productives au moins trois ans, au-delà, elles commencent à fatiguer. Toti Tokoragi a appris à sélectionner les plus productives d’entre elles et à lancer de nouvelles ruches. « Tout cela ne s’improvise pas », assure-t-il. Il y a une dizaine d’apiculteurs à Anaa et tous, malgré l’expérience, n’ont pas le même rendement que Toti Tokoragi.


« Le formateur m’a vraiment beaucoup appris. »

Sur le motu, sous la cocoteraie, à côté des ruches, Toti Tokoragi exploite un petit fa’a’apu. Il enrichit son sol avec de la fiente de poule. Végétaux et animaux vivent en harmonie, le propriétaire l’affirme, il n’y a ni engrais ni pesticides sur place. Il cultive du pota, des tomates, de la salade, du kava, des papayes et bananes. Les abeilles participent à la pollinisation de ses plants. « C’est juste pour la famille », précise l’apiculteur. Lorsqu’il récolte plus de légumes et de fruits que nécessaire, il les met à la vente, mais cela reste anecdotique. Il aimerait augmenter le nombre de ruches. Il lui faudrait sans doute trouver d’autres revendeurs à Tahiti. Mais il sait que la demande est là.




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Dossier à retrouver dans votre magazine Tama'a# 28 - juin 2023

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