Que nous réservent les mois à venir ?

Le fenua et la crise de la covid-19

L'impact de la crise sanitaire née du coronavirus est à venir. Sa durée, sa violence, ses conséquences sur l'économie et la société polynésiennes sont encore floues. Mais les indicateurs économiques nous permettent d'en mieux comprendre la nature : Florent Venayre, professeur des universités en sciences économiques à l’Université de Polynésie Française, a bien voulu répondre à nos questions sur ce sujet qui nous préoccupe.


Patrick Seurot, pour Investir à Tahiti :

« Il semble que le tourisme en Polynésie crée 15% du Produit Intérieur Brut (PIB). Cependant, derrière cette statistique sèche, le tourisme touche tous les secteurs : l’aérien et les transports divers (taxis, locations de voiture), la production agricole, la vente de vins et alcools, les denrées alimentaires importées, les équipements et prestations d’animations, de loisir, pour ne citer que les plus évidents. Sont-ils comptabilisés dans les richesses produites par le tourisme ? Si non, quelle part réelle du PIB est directement impactée par l’arrêt du tourisme et des secteurs liés ?


Florent Venayre : « Déterminer avec exactitude la contribution du tourisme au PIB est loin d’être une chose facile. Il y a d’une part les activités qui sont directement liées au tourisme, comme l’hôtellerie et les autres hébergements, ou encore les prestations de services touristiques. Mais cela implique aussi les transports aériens et d’autres répercussions plus indirectes, liées à la consommation des touristes lorsqu’ils sont dans nos îles. Identifier parfaitement l’impact du tourisme sur le PIB polynésien reviendrait à pouvoir connaître avec certitude ces deux aspects, tout en pouvant aussi identifier les consommations des mêmes secteurs qui sont en provenance des résidents eux-mêmes. Pour l’instant, nous n’avons d’approche statistique aussi fine : il faudrait un compte satellite du tourisme. On évalue toutefois les dépenses réalisées par les touristes à environ 65 milliards de francs Pacifique (c’est fluctuant cependant selon les années), mais la contribution globale du tourisme est supérieure. L’IEOM, qui en propose l’évaluation la plus élevée, avance un chiffre de 17 %. Et c’est de plus un peu variable d’une année à l’autre. Au total, parler d’une quinzaine de points de PIB est donc sans doute une assez bonne approximation de la réalité moyenne en l’état des informations disponibles.

Peut-on rappeler à combien s’élève le PIB de la Polynésie en valeur monétaire et se demander combien le confinement du 20 mars au 28 avril a coûté au Territoire, alors que Tristan-Pierre Maury, professeur d'économie à l'Edhec, estime qu’en métropole 30 jours de confinement ont coûté à l’Etat 70 milliards d’euros, soit 3% du PIB ? A quelle chute du PIB la Polynésie s’attendre en 2020 ? S’autorise-t-on des projections pour 2021 ?

Le dernier chiffre officiel dont nous disposons pour le produit intérieur brut polynésien est celui de l’année 2018 et correspond à 624 milliards de francs. Il s’agit d’une estimation : ce chiffre n’est pas encore définitif.

Ce qui est certain concernant l’année 2020, c’est qu’il faut s’attendre à une chute brutale par rapport à ce montant.

Le confinement en lui-même a généré une perte de PIB immédiate, que le CEROM estime du même ordre de grandeur que celle subie en métropole, soit 3 % pour un mois de confinement. Avec près d’un mois et demi de confinement total, c’est vraisemblablement 4 à 5 points qui seront perdus, soit près de 30 milliards de francs. Mais évidemment, il ne s’agit là que d’une estimation du coût du confinement en lui-même, ce qui est loin de représenter la totalité des pertes auxquelles il faut s’attendre.

En effet, si le déconfinement a été amorcé à partir du 29 avril 2020 en Polynésie française, l’activité économique reste extrêmement timide. Des interdits ont été maintenus après cette date, qui ont pesé sur la reprise, comme le maintien du couvre-feu, la fermeture des bars ou encore les restrictions des ventes d’alcool* (l’interview a été réalisée le 13 mai, avant la levée de l’interdiction des ventes d’alcool fort, mais les horaires limités, du lundi au jeudi, restent en vigueur). Ces interdits, pourtant non nécessaires alors, ne font que constituer des freins supplémentaires qui mettent en grande difficulté un certain nombre d’entreprises polynésiennes qui n’ont pas besoin de cela en ce moment.


Des interdits non nécessaires ont fragilisé des entreprises ou des infrastructures, parfois de loisir comme les golfs.

L’ensemble des contraintes réglementaires qui s’ajoutent – les « mesures barrières » – vient encore obérer la capacité de reprise. D’une part, elles réduisent la productivité (lenteurs dues aux précautions très fortes) ou la production (limitation des effectifs, des quantités comme par exemple l’espacement des sièges ou tables, le contingentement du nombre de clients, etc.). D’autre part, elles entretiennent la peur en accréditant chez les clients potentiels l’idée que le risque sanitaire est encore important. Or le fonctionnement efficace d’une économie de marché s’accommode vraiment très mal des ambiances de terreur. L’économie, fondée sur la confiance, a besoin de sérénité.

Le maintien de la fermeture des écoles (ou les ouvertures parcellaires) ne favorise pas non plus le retour vers l’activité, en même temps que ces mesures entretiennent elles aussi l’angoisse de tout un chacun. Les garderies, pourtant autorisées à ouvrir (dans une cohérence qui interroge), peinent d’ailleurs à faire le plein, ce qui reflète bien les craintes des familles.

Enfin, à tout cela, s’ajoutent les interrogations concernant la reprise des activités touristiques.

"Pour l’instant, le tourisme a disparu, purement et simplement. C’est une situation inédite".

A quelle perte (en milliards CFP) le Territoire peut-il s’attendre si le tourisme ne redémarre pas en sachant que les secteurs touchés seront de plus en plus nombreux [baisse du pouvoir d’achat, baisse de la consommation, 397 milliards en 2018, moins d’investissement dans les logements, baisse de l’activité des entreprises…] ?

Pour l’instant, le tourisme a disparu, purement et simplement. C’est une situation inédite. Nous avions près de 240 000 touristes en 2019, soit en moyenne 20 000 par mois environ (évidemment, il y a de meilleurs mois que d’autres, comme juillet). Lorsque les frontières ont été fermées en mars, nous enregistrions 37 000 touristes depuis le début de l’année. Pour l’instant, on nous indique que les vols internationaux ne reprendront pas avant juillet. Fin juin, on sera donc en toute logique toujours à 37 000, ce qui représentera déjà une perte de 72 000 touristes par rapport à l’an dernier à la même époque.


Tous les moyens de transport, qu'ils soient inter-îles (maritime ou aérien) ou internationaux ont été sévèrement touchés.

Et, évidemment, le 2ème semestre de 2020 ne sera pas du tout similaire à celui de 2019…

Tout d’abord, on ne sait pas réellement quand les vols internationaux vont reprendre et quelles sont les compagnies aériennes qui vont poursuivre leur activité en Polynésie et à quelle fréquence ou sur quelles lignes. Des inquiétudes pèsent aussi sur le maintien de certaines lignes internes, Air Tahiti étant elle aussi très durement touchée par les restrictions imposées.

Enfin, le retour des touristes ne se décrètera pas et il est à craindre qu’il ne se fasse que lentement, à la fois en raison des restrictions imposées par d’autres pays ou par la Polynésie elle-même (comme les éventuelles mesures de quarantaine), du risque de s’exposer au covid-19, de l’envie de retrouver ses proches, de l’impossibilité de prendre des vacances (les jours de congé ayant été utilisés lors des périodes de confinement ou de restriction d’activité) ou encore de la perte de pouvoir d’achat liée à la crise mondiale. Il est très difficile de prévoir avec exactitude ce qu’il va se passer, mais il faut s’attendre à des résultats très mauvais également sur le second semestre de 2020. Même si le tourisme fonctionnait à 50 % de ses capacités sur le second semestre de 2020, ce qui est peu probable, nous accuserions alors une perte de 140 000 touristes par rapport à l’année précédente.


Le secteur de la restauration, notamment dans les îles, est sans doute l'un des secteurs économiques les plus impactés.

Le résultat risque donc d’être bien pire que cela et pour bien se rendre compte de ce que cela représente, il faut se souvenir qu’au cœur de la crise de 2008-2013, le recul avait été de 64 000 touristes. Et il avait pourtant fallu attendre 2018 pour retrouver le nombre de touristes que nous avions en 2007 !

Le choc global est ici bien plus violent que lors de la précédente crise. Alors que la crise de 2008 avait entraîné un recul du tourisme mondial de 4 %, l’Organisation mondiale du tourisme prévoit à l’heure actuelle que le recul pourrait atteindre cette fois 60 à 80 % du tourisme international.

La croissance était aux alentours de 2,5% en 2018 et 2019 : faut-il s’attendre à une décroissance, une régression dès 2020 ? Et en 2021 ?

Il reste beaucoup d’incertitudes sur la façon dont les choses vont évoluer dans les mois à venir, et notamment comme on vient de le voir sur le tourisme. Il faut également s’attendre à de grandes difficultés financières pour de nombreuses entreprises – même hors secteur touristique – et les dépôts de bilan devraient se multiplier dans les mois à venir. D’ores et déjà, une perte de 10 points de PIB semble être un minimum à attendre si toutes les activités connaissaient un rebond très rapide et que le tourisme parvenait à se relever dès le second semestre de 2020. Nous serons donc sans doute largement au-dessus. Peut-être 15 points, peut-être plus encore : tout va dépendre des événements des semaines et mois à venir. Mais il est certain que nous aurons une importante croissance négative en 2020. Quant aux projections pour 2021, elles sont impossibles à l’heure actuelle ; il faudra attendre d’en savoir plus sur 2020 et de voir également si la pandémie perdure encore longtemps et dans quelles proportions. En tout cas, la crise sera durable. La récession est certaine et la menace d’une dépression est très forte.


Depuis 2013, le gouvernement a misé tous ses efforts sur le tourisme, presque en exclusivité. Rien que Tahiti Tourisme représente 2,4 milliards d’investissement en ressources humaines et campagnes de promotion touristique, quand le secteur de la Perle de Tahiti ne touche que 150 millions pour sa promotion… N’est-ce pas une imprudence, qu’aucun conseiller financier ne tolérerait de la part d’un investisseur boursier, de tout miser sur une seule valeur, ici en l’occurrence le seul secteur touristique ? Faut-il réinventer le modèle économique de Tahiti ?

Les gouvernements successifs sont venus épauler le développement du tourisme, et notamment, en plus de la promotion, par le biais des mécanismes de défiscalisation. L’IEOM indique ainsi que pour l’année 2018, le tourisme a bénéficié de 70 % de la défiscalisation, soit environ 11,5 milliards de francs. Mais il ne faut pas inverser les choses : le gouvernement vient au soutien du développement des activités privées de tourisme, mais parce qu’elles existent initialement, qu’il y a une incitation à développer ici cette activité. En matière de commerce international, la spécialisation de la Polynésie dans le tourisme a du sens (le pays a un avantage comparatif à cela, comme le disent les économistes). De fait, le tourisme reste la première ressource propre du pays et de très loin. Si les recettes touristiques s’élèvent pour les derniers chiffres à 65 milliards de francs annuels, les exportations de perles (2ème poste d’exportation), plafonnent en général à 8 milliards. Les autres exportations de produits (poisson, nacre, vanille, monoï, etc.) sont bien plus basses encore.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas s’intéresser, pour les investisseurs, à d’autres secteurs, bien au contraire, mais cela signifie simplement que, pour l’instant, rien ne peut contrebalancer les gains que la Polynésie dégage du tourisme. C’est précisément ce qui est inquiétant dans la situation actuelle où les activités touristiques se trouvent brutalement stoppées et où on ne sait ni quand ni les conditions dans lesquelles elles vont pouvoir reprendre.


Quand reverrons-nous des navires de croisière mouiller à Papeete ? Il est encore trop tôt pour le dire.

La stratégie sanitaire du pays a conduit les autorités à isoler la Polynésie du reste du monde. Le virus n’y circule plus semble-t-il, d’après les chiffres et déclarations officiels et le haut-commissaire a même déclaré qu’il n’y avait pas eu de vague épidémique en Polynésie française. Mais se pose maintenant, et de façon de plus en plus aiguë, la question de la réouverture des frontières. Rouvrir, c’est courir le risque d’introduire de nouveaux cas. Rester isoler, c’est courir à la destruction de plus en plus massive de l’économie.

Or, nous n’avons pas de signaux permettant de considérer que la pandémie prendra prochainement fin au niveau global, ce qui permettrait d’ouvrir les frontières avec un risque zéro. Mais nous ne pouvons pas rester isolés encore longtemps, cela deviendrait un véritable désastre. Sans doute va-t-il donc falloir apprendre à vivre avec un risque covid, comme nous le faisons pour de nombreux autres risques. Chacun, par exemple, prend la route tous les jours, sans s’inquiéter plus avant des risques qu’il encourt. Pourtant, la route tue 1 350 000 personnes dans le monde chaque année… Mais chacun a compris que ce risque valait d’être couru. Le risque a été intégré, «domestiqué», ce qui n’empêche pas par ailleurs de faire attention en adoptant les bons comportements pour éviter les conduites dommageables. Cela nous renvoie à la question de la peur, pour l’instant assez irrationnelle, sur laquelle il faudra travailler individuellement et collectivement pour qu’elle cesse d’être paralysante.

Les comptes publics vont être dans le rouge dès le mois de juin : sans aide de l’Etat, le gouvernement pourra-t-il encore assurer les indemnités de solidarité et le soutien aux entreprises en juillet ?

L’arrêt de l’activité a évidemment drastiquement diminué les recettes, tandis que les dépenses se sont assez largement poursuivies, voire accentuées par la mise en œuvre de mécanismes de solidarité. Le gouvernement a déjà annoncé une perte de recettes fiscales de près de 20 milliards de francs, ce qui correspond à l’ordre de grandeur qui avait été observé annuellement au cœur de la crise de 2008.

A partir du moment où la puissance publique a fait le choix d’un confinement total, qui a donc contraint à l’arrêt l’ensemble des activités économiques qui n’étaient pas considérées comme prioritaires, il serait logique qu’elle participe aux difficultés engendrées. Mais d’un autre côté, on ne pourra pas soutenir toutes les entreprises et toutes les activités économiques indifféremment et sur un terme assez long. La levée la plus rapide possible des freins qui ralentissent la reprise devrait permettre à ceux qui peuvent encore se relever d’eux-mêmes de le faire, mais certains secteurs ne pourront pas assumer seuls les difficultés. Le cas des compagnies aériennes est sensible. Celui de l’hôtellerie et du tourisme l’est aussi. On le voit avec la cessation de paiement de Tahiti Nui Travel, même si tout n’est pas lié à la crise actuelle, qui pourrait fragiliser davantage encore l’ensemble des créanciers du secteur dans l’hypothèse d’une issue défavorable. Or nous aurons besoin, lorsque s’amorcera enfin le retour des touristes, d’avoir les structures requises, notamment d’accueil (sachant qu’il serait illusoire de croire que les hôtels pourraient chercher une rentabilité suffisante dans le tourisme local des résidents).

La question de la participation de l’Etat peut bien sûr se poser, dans un mouvement solidaire, mais l’Etat fait face lui aussi à des dépenses massives et un endettement galopant qui font craindre que, si un soutien reste probable, il ne faudra vraisemblablement pas en attendre la résolution de tous nos problèmes locaux. L’accroissement de l’endettement de la Polynésie apparaît donc inévitable pour limiter les effets délétères de la crise. Il faudra cependant veiller à ce que cet endettement accru participe le plus efficacement possible à des mesures de soutien structurel, qu’il ne soit pas à plus long terme qu’un cautère sur une jambe de bois.

La crise issue de la Covid-19 verra-t-elle les modes de consommation des Polynésiens changer ? © L.Quirin

Parle-t-on aujourd’hui de la mise en place d’un impôt sur le revenu pour soutenir les besoins du gouvernement notamment la mise en place d’une sorte d'allocation chômage ? Si cela n’est pas évoqué, serait-ce néanmoins une idée à creuser (je parle ici fondamentalement, pas du rejet massif que cette idée susciterait auprès des concernés).

Il faut s’attendre à un chômage de masse. On se souvient que la crise de 2008 avait créé 12 000 chômeurs supplémentaires, selon les recensements de 2007 et 2012. Cela pose bien sûr la question de leur accompagnement, mais il faut s’interroger aussi sur les possibilités réelles de financement dont nous disposons, alors que le nombre de travailleurs sera réduit, d’une part, et que les entreprises seront d’autre part en souffrance. Comment ménager une aide aux plus nécessiteux, à court terme, sans aggraver irrémédiablement les équilibres de long terme ? Si la couverture sociale est rendue plus nécessaire par les périodes de crise, elle est plus facile à mettre en place dans les périodes d’expansion.

L’idée d’introduire un impôt sur le revenu (ce que l’on appelle un IRPP : impôt sur le revenu des personnes physiques) se discute régulièrement en Polynésie. En faire une source de financement pour un éventuel mécanisme d’indemnisation du chômage, pourquoi pas, mais il ne faut pas oublier qu’il existe déjà un mécanisme de ponction sur les revenus avec la contribution de solidarité territoriale (CST), qui, par ailleurs, finance déjà la PSG (protection sociale généralisée). Des articulations seraient donc nécessaires entre CST et IRPP, notamment, ainsi qu’entre indemnisation chômage, retraite et financement de la santé. Cela soulève des questions importantes et complexes, la prise en compte des incitations diverses (en matière, notamment, de retour vers l'emploi), qui mériteraient d’être réfléchies autrement que dans l’urgence, au risque de donner lieu sinon à des dispositifs peu soutenables à long terme.

Pensez-vous que la Polynésie française est entrée dans la pire crise économique de son histoire ? Peut-on craindre des mouvements sociaux, d’une ampleur de ceux de 1987 ou 1995 (ou quitte-t-on ici l’expertise économique pour la sociologie) ?

L’attention s’est focalisée au départ sur la crise sanitaire. Ce n’était pas propre à la Polynésie, on l’a observé presque partout. Pourtant, les économistes ont très vite tenté d’alerter sur les risques de plus long terme, sans être véritablement écoutés. J’ai été à titre personnel assez frappé de voir que le Conseil scientifique mis en place par le président Emmanuel Macron ne contenait aucun de mes collègues. Que l’on me comprenne bien, je trouve évidemment parfaitement normal que le corps médical ait une place largement prépondérante dans ce Conseil, mais de la même façon qu’un sociologue et un anthropologue y sont présents, il me semble que l’éclairage d’un économiste aurait été fort utile, notamment sur l’appréhension de la généralisation du confinement.

Les décisions que les autorités publiques ont eu à prendre dans cette crise étaient particulièrement difficiles et il n’est pas question de « refaire le match ». Il est d’ailleurs troublant de voir à quel point certains ont toujours d’excellentes idées avec trois semaines de retard ; on le sait, les réseaux sociaux favorisent malheureusement l’émergence de ces nouveaux prophètes autodidactes. Mais la décision publique est d’autant meilleure que l’information disponible au moment de la prendre est grande. Informer sur les risques économiques à venir est utile ; on voit d’ailleurs que le débat s’est élargi progressivement aux questions économiques et c’est souhaitable.

En l’occurrence, les questions économiques sont intéressantes car elles permettent de prendre la pleine mesure de la crise sociale qui se prépare et qui risque fort d’être plus dangereuse que la crise sanitaire elle-même, particulièrement pour la Polynésie puisque nous n’avons été, au plan strictement sanitaire, que très marginalement touchés. Il ne s’agit pas d’opposer l’économie à la santé, je l’ai souvent dit précédemment. Cette opposition souvent assénée n’est pas seulement fausse : elle est dangereuse car elle peut générer ou entretenir des décisions qui, sur le long terme, auraient des effets insoupçonnés. Il s’agit de comprendre que si l’on veut éduquer nos enfants, soigner nos malades, répondre aux besoins légitimes de nos anciens, accompagner nos concitoyens en situation de handicap, etc., il faut que ceux qui sont en capacité de le faire puissent créer la richesse collective nécessaire à ces politiques publiques essentielles. Quand un pays s’appauvrit au plan monétaire, il s’appauvrit aussi au plan social, éducatif, sanitaire. C’est une réalité qu’il faut savoir prendre en compte pour le bien-être de la collectivité. De ce point de vue, le choc économique que nous allons subir fait craindre pour la suite.

Je ne sais pas si les mouvements sociaux auxquels vous faites référence sont probables, mais il me semble évident, aujourd’hui, 13 mai 2020, que les vraies difficultés sont devant nous, et non derrière. Et ces difficultés seront d’autant plus fortes que l’on peinera, dans les semaines qui viennent, à libérer les contraintes qui freinent la reprise.

Biographie synthétique

Florent Venayre, spécialisé dans les économies d’outre-mer et les recherches concernant l’économie de la concurrence et de la réglementation.

• 2019 : Professeur des universités en sciences économiques à l’Université de Polynésie Française

• 2019 : Directeur adjoint du laboratoire GDI (gouvernance et développement insulaire)

• 2015 : Habilitation à diriger des recherches (HDR) "Concurrence et réglementation économique : à la recherche d'une voie ultramarine"

• 2007 : Maître de conférences à l’Université de la Polynésie française

• 2002 : Maître de conférences à l’Université Montpellier I.

• 2001 : Thèse de doctorat "Echanges d’informations dans les oligopoles et politique de concurrence", mention très honorable avec les félicitations du jury, proposition pour subvention de publication et proposition pour prix de thèse

• 1996 : Major de promotion du DEA "Microéconomie et calcul économique", Université Montpellier I


Ouvrages :

Le droit de la concurrence en Polynésie française et dans les petites économies insulaires du Pacifique. Bilan et perspectives, LexisNexis, Paris, 2018, avec Sarah-Marie Cabon et Christian Montet.


La concurrence à Tahiti : une utopie ?, Au Vent des Îles, Tahiti, 2013, avec Christian Montet (lauréat du prix coup de coeur Vogel).


Vous pourrez trouver la liste de ses publications sur la page dédiée : http://sites.google.com/site/florentvenayre/publications



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Investir à Tahiti #05

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