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Le tāmanu , or vert de Polynésie

Le tāmanu, que l’on appelle aussi ati, est un arbre incroyable. De son écorce et de ses feuilles, on fait des rā’au Tahiti (médicaments), de ses graines, on extrait une huile aux propriétés innombrables. Le tāmanu est un arbre sacré, véritable or vert de Polynésie.


© Textes et Photos Valentine Livine

Raiatea tamanu de Taputapuatea © Philippe-Bacchet


Ati, l’arbre vénéré

Il est des jardins dans lesquels on en trouve encore, des lieux qui en abritent, comme le musée de Tahiti et des îles, il est des îles qui le cultivent… le ati est un arbre sacré, un symbole de prospérité et de santé.

L’histoire polynésienne raconte que, dans les temps anciens, il était un arbre tapu, défendu au peuple, son bois ne pouvant servir qu’à la confection des tiki et des pirogues. Souvent planté dans l’enceinte des marae, son ombrage était apprécié des dieux.


De nombreuses vertus

La feuille se retrouve dans un hydrolat pour améliorer la circulation sanguine, les māmā en font des décoctions pour traiter les affections cutanées et les brûlures, l’huile régénère les couches superficielles de l’épiderme, soulage les piqûres d’insectes, aide à la cicatrisation, présente des propriétés anti-inflammatoires, antalgiques, antibactériennes…


Surnommée l’huile aux mille vertus, l’huile de tāmanu est un trésor que l’on peut utiliser aussi bien en curatif qu’en préventif.

Elle se décline en protection solaire contre les UVA et UVB, ainsi qu’en gel douche qui opérera comme un soin après une exposition prolongée au soleil. L’huile de tāmanu s’avère également bénéfique pour la santé des cheveux : elle les nourrit et leur redonne de l’éclat.


Les graines, récoltées à maturité à Rangiroa, sèchent au soleil pendant deux mois. © Photos Philippe Maunier


Le fruit donnera l’huile

Les nombreux fruits du ati se constituent de graines rondes formant des grappes. D’abord vert pâle, le fruit devient jaune ocre foncé à maturité. Lorsqu’il est mûr, il se détache de l’arbre, mais ne contient pas encore d’huile. Durant les mois de séchage, le fruit va brunir, révéler son odeur et fabriquer son huile : il sera alors prêt pour être acheminé jusqu’à Tahiti.


Séchage au soleil et pression à froid

Pour obtenir une huile de qualité, deux composantes demeurent essentielles : le séchage au soleil pendant un minimum de deux mois et une pression à froid.


Philippe Maunier, fondateur de la marque Heiva, nous en détaille le procédé : nos ati, plantés à Rangiroa, à Tiputa, voient leurs fruits sécher au soleil, face à l’océan. Tout est naturel, respectueux du fruit et du joyau en gestation. Une fois séchées, les graines sont acheminées jusqu’à notre usine, ici, à Paea, puis pressées à froid. C’est cette combinaison de temps de séchage au soleil et de pressage à froid qui garantit une huile qualitative à haute valeur thérapeutique.


Plus le temps de séchage est long, plus l’huile est vert foncé. Plus elle est claire, moins elle possède de vertus thérapeutiques.


Un vert intense

La qualité du produit fini est visible à la couleur de l’huile extraite, mise en bouteille.

Plus le temps de séchage est long, plus l’huile est vert foncé. Plus elle est claire, moins elle possède de vertus thérapeutiques.

Ce vert intense reste donc un gage de qualité. Ainsi, si l’on souhaite offrir ou s’offrir de l’huile de tāmanu, on sera vigilant à la choisir d’un vert profond. Les dépôts blancs qu’il peut y avoir au fond de la bouteille sont eux aussi une assurance de qualité, ajoute Philippe Maunier. Ils sont des résidus de résine, preuve que la graine a été pressée à froid et qu’elle n’a pas été dénaturée par une extraction chaude.


La graine est verte sur l’arbre, puis tombe lorsqu’elle arrive à maturité.

Reconnaissable entre toutes !

L’huile de tāmanu reste singulière et reconnaissable entre toutes les huiles de soin. Sa couleur vert foncé, son odeur… Lorsque l’on applique un produit dérivé du tāmanu sur le corps, l’odorat est fortement sollicité ! Certains adorent son parfum, d’autres en sont dérangés. Il est alors conseillé de mélanger l’huile de tāmanu à du mono’i pour en adoucir l’odeur sans la dénaturer. Les propriétés des deux produits vont se marier, apportant un soin complet au corps.


Le vert foncé de l’huile de tāmanu est un gage de qualité


Commerce équitable et respect de la nature

Philippe et Nirvana Maunier ont un profond respect, et amour, pour les produits qu’ils manipulent au quotidien dans leur usine de Paea. En ce qui concerne le tāmanu, tout est utilisé. Le couple développe un commerce équitable autour du ati en rémunérant à sa juste valeur la graine et le travail réalisé par les producteurs de Rangiroa. Afin d’obtenir une huile hautement qualitative, le respect de l’arbre est crucial : aucun additif chimique, aucun stress pour les pieds de tāmanu, récolte à maturité du fruit uniquement (pendant l’hiver austral). Ensuite, ce respect de la nature et de sa générosité se retrouve dans les autres étapes de fabrication de l’huile : séchage au soleil sur 2 mois, pression à froid, aucun mélange de noix (uniquement celles de Rangiroa)…


Le but : créer une économie circulaire et durable autour du tāmanu, arbre sacré qui, encore aujourd’hui, guérit et accompagne la population de Polynésie et d’ailleurs.

 

Tamanu et tatouage

L’huile de tāmanu est un joyau thérapeutique aux nombreuses vertus dont les plus connues sont l’effet apaisant et régénérant sur la peau. Elle aide à la cicatrisation, c’est pourquoi on la trouve dans les shops de tātau et/ou en pharmacie, sous forme de baume à appliquer sur le tatouage fraîchement réalisé.

 

Philippe Maunier et sa femme Nirvana sont les seuls producteurs de Polynésie à utiliser une presse à froid pour extraire l’huile des graines de ati. Si l’odeur du tāmanu s’avère trop puissante pour certaines personnes, elles peuvent la couper avec du mono’i pour l’adoucir, comme ici dans ce soin.

Philippe et Nirvana

Philippe et Nirvana Maunier sont chimistes, pharmaciens et un brin alchimistes ! Si Philippe est tombé amoureux du fenua et a choisi d’y vivre, Nirvana, elle, est originaire de Rangiroa. Son enfance, elle la passe entre Tahiti et les îles avant les voyages, les études, et le retour sur son île. Ce couple de passionnés a contribué à la renommée et à la protection du mono’i de Tahiti, ainsi qu’au développement équitable de l’huile de tāmanu.


Ce qu’ils produisent dans l’usine Heiva, ils le testent et le valident scientifiquement. Ils sont parmi les rares professionnels à payer des études pour vérifier le savoir empirique local et aller au-delà car, …il faut rester prudent, notamment dans les dosages pour éviter des intoxications, précise Nirvana. Lorsque le savoir ancestral est oublié, les familles surdosent leurs préparations et se font plus de mal que de bien.


Et l’aventure continue, car ils se lancent aujourd’hui dans des emballages et des contenants écoresponsables en canne à sucre. Ces produits biodégradables sont exempts de matières plastiques, de dérivés du pétrole. Ce sont les flacons avec des bouchons clairs (blancs, jaunes) que l’on peut voir dans la boutique Heiva.

Leur souhait : développer une formation en médecines traditionnelles qui mettrait à l’honneur les savoirs empiriques devenus savoirs scientifiques. Un bel hommage aux tahu’a (guérisseurs), dont la grand-mère de Nirvana faisait partie.



Vous souhaitez en savoir plus ?

Dossier à retrouver dans votre magazine Tahiti Wellness #6

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