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Cultiver ses légumes aux Tuamotu… avec l’hydroponie

Publication dans Arutua, Allô qui sait quoi : « Vends pota et salade ce jeudi, appeler pour commander. » L’annonce est diffusée sur le réseau social, pour bientôt régaler des dizaines de familles sur l’île principale d’Arutua, aux Tuamotu. Ces légumes verts aux feuilles charnues ont poussé sur un motu ; non dans le corail, mais dans les airs ! Annick et Arutua Nui Mai nous racontent leur aventure avec l’hydroponie, un succès pour ce couple qui voulait s’alimenter sainement.


© Texte : Doris Ramseyer - Photos : Annick Mai


L’hydroponie passive : un système relativement simple et efficace


De la consommation personnelle à la vente

L’aventure a commencé il y a un an et demi pour ce couple de perliculteurs, installés sur le motu Mairava, au nord d’Arutua. Notre neveu et notre nièce ont créé Tahiti Hydroponic, nous leur avons acheté un kit pour essayer, explique Annick, qui souhaitait pour sa famille des légumes de qualité, et à un tarif abordable. Un concept méconnu des habitants des îles éloignées, tributaires des arrivages par bateau. Nous avons débuté par notre consommation personnelle. Puis, nous nous sommes peu à peu agrandis, et nos amis nous ont suggéré de vendre nos légumes, se souvient l’agricultrice de cultures hors-sol. Aujourd’hui, le couple livre deux fois par semaine ses légumes d’un vert attrayant au village de Rautini.


La pratique n’est pas nouvelle, elle date de l’Antiquité babylonienne et même aztèque. Il existe différents types de culture hors-sol, Annick et Arutua Nui ont choisi l’hydroponie par capillarité.

Le système est assez simple, abordable financièrement, et demande peu d’entretien. Sur son motu, le couple récupère de vieux troncs de cocotiers en décomposition, qu’il broie manuellement en attendant l’arrivée d’un broyeur, à la suite de sa demande d’aide à la Direction de l’agriculture. Le substrat obtenu est tamisé, puis placé au fond de bacs de culture. Chez les Mai, ces bacs sont des bouteilles en plastique opaque, dans lesquelles deux ouvertures ont été créées : la première, large et sur le dessus, pour recevoir les plantes ; la seconde, plus petite et logée en dessous, pour laisser passer une mèche. Ces bacs improvisés accueillent les plantes, puis sont disposés au-dessus de réservoirs également percés (ici, des canalisations récupérées). Ces réservoirs, également troués, sont remplis d’une solution nutritive bio, qui est acheminée jusqu’aux légumes grâce à une mèche, par un système de capillarité. Les substances nutritives alimentent en permanence et abondamment les plantes qui s’épanouissent.


Quand les végétaux sont à l’état de semis, ils sont placés sur un papier absorbant, et déposés au fond d’un plateau. La solution nutritive vient les irriguer, atteignant les racines, et le surplus s’égoutte dans le réservoir. Lorsque les plantes grandissent, elles sont transplantées dans des récipients plus grands, puis dans les bouteilles où elles vont poursuivre leur maturation. Les légumes sont récoltés au bout de trois semaines.


De gauche à droite : 1. Les plantes commencent leur vie dans un bac en polystyrène avant de migrer dans un nouveau contenant. 2. Annick et Arutua Nui ont surtout développé la culture de salade et de pota. 3. Pierre Papay, ici avec sa compagne Motire, souhaite installer prochainement un important système d’aquaponie à Rangiroa. © Crédit photo Pierre Papay


Un bilan plus que positif

Il existe différents procédés hydroponiques, fonctionnant avec ou sans substrat, chaque méthode se divisant elle-même en plusieurs manières de faire. Annick et son mari ont choisi l’hydroponie par capillarité, qui présente l’avantage de ne pas requérir d’électricité pour alimenter une pompe. Une surveillance rapprochée des cultures s’avère nécessaire car, avec la stagnation d’eau dans les réservoirs, des bactéries peuvent s’y développer et venir contaminer les plantes. Grâce à ce système, ils sont deux à nourrir une bonne partie des habitants de leur atoll. Ils pourraient même exporter leurs légumes jusqu’à Tahiti mais, pour l’instant, le transport et la logistique restent un frein. Il faudrait consacrer plus de temps à l’exploitation or, le couple est déjà bien occupé entre la perliculture et ses deux garçons à élever.


Sur le territoire, il existe une dizaine de professionnels dans ce domaine. Aux Tuamotu, à Rangiroa plus exactement, Pierre Papay souhaite commencer prochainement un vaste projet d’aquaponie, un système qui réunit la culture de plantes et l’élevage de poissons.


Sur le motu poussent divers légumes, avec ce même procédé d’hydroponie passive


Avant de vendre leur récolte, les agriculteurs ont testé l’hydroponie avec d’autres légumes : tomates, poivrons, aubergines, courgettes et choux. Un succès, mais Annick et Arutua Nui ont préféré se consacrer à faire pousser des plantes moins gourmandes en eau. Une notion importante sur un motu qui connaît des périodes de sécheresse, où il est uniquement possible de récupérer l’eau de pluie. Désormais, Annick et son conjoint font pousser surtout du pota et de la salade. Ils ont débuté par une petite dizaine d’installations, puis Arutua Nui a depuis créé lui-même de nouveaux supports pour accueillir plus de légumes.


Pour Annick et son conjoint, l’expérience se révèle à 100 % positive.

On n’y connaissait rien au début ! On s’est informé sur Internet et grâce aux conseils de Tahiti Hydroponic. Une jeune entreprise florissante fondée en 2021. Annick conclut : avec l’hydroponie par capillarité, on n’utilise aucun produit chimique, les plantes poussent hors-sol et ne sont plus la proie des insectes nuisibles, on économise de l’eau, et on obtient systématiquement de belles récoltes. De plus, comme les installations reposent sur des chevalets en bois surélevés, il n’y a plus besoin de se baisser pour cultiver, ni de nettoyer des légumes qui poussent sans terre. Que demander de plus ?





Vous souhaitez en savoir plus ?

Dossier à retrouver dans votre magazine Tama'a# 28 - juin 2023

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