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Le coco des temps anciens

© Texte : Teuira Henry Photos : sauf mentions contraires, Lorelei Quirin


Document d’une valeur inestimable, Tahiti aux temps anciens est un recueil de textes rassemblés au milieu du XIXe siècle par le révérend John M. Orsmond (1784-1856). Bible des savoirs et traditions tahitiennes, telles qu’elles s’étaient transmises de génération en génération. Si le manuscrit original a malheureusement disparu, Teuira Henry (1847-1915), petite-fille du pasteur Orsmond, a consacré une longue partie de son existence à reconstituer l’ouvrage de son grand-père. Ses pages sur le coco vous sont ici livrées sans modification, sinon quelques phrases coupées car sortant du cadre thématique de Tama’a.



Il existe seize variétés de niu, ha’ari, ou cocotiers (Cocos nucifera) :

ahuahu-puru (lorsque à moitié mûre l’enveloppe est comestible), ha’ari ’amu ’iri (grosse noix avec enveloppe mince), ha’ari apuru (l’enveloppe tendre), ha’ari ‘āu’a (noix à fond plat dont on fait des écuelles), ha’ari fāfā tea (tiges des feuilles et des branches et noix vert clair), ha’ari-ha’a (noix naine), ha’ari hiri rua (noix à deux grands yeux au lieu d’un et qui, en germant, peut donner des cocotiers jumeaux), ha’ari’iri’ava (enveloppe très serrée à l’état vert), ha’ari mā’aro (enveloppe sucrée et juteuse lorsqu’elle est verte), ha’ari ‘ōviri (tiges de branches et feuilles vert foncé, noix vertes).

Toutes les variétés sauf les deux espèces vertes, ont des tiges jaunes et des noix de couleurs variées ; ha’ari paa honu (noix à l’aspect d’écaille de tortue, on en fait des écuelles quand elles ne sont pas tout à fait mûres), ha’ari pāti’iti’i (bon pour faire des bouteilles d’eau), haari puru pea (l’enveloppe est d’un grain ru- gueux), ha’ari rau ’aha (donne une fibre longue et flexible dont on fait la meilleure corde), ha’ari ’ura (enveloppe couleur orange), ha’ari ri’ata, la toute petite noix.


Les noms des diverses parties de l’arbre et de la noix sont :

tumu-ha’ari ou niu, le cocotier ; nī’au ou ī’au, la feuille ; fāniu, la tige de la feuille ; a’a ha’ari, l’enveloppe fibreuse qui couvre la tige à l’endroit où elle s’attache à l’arbre, mais aussi les racines ; ’ōroe ha’ari, la gaine de l’inflores- cence ; rāine, les jeunes boutons ou la grappe de fleure ; hūniu, l’inflorescence ; tari h’aari, le pédoncule de la noix ; pōniu, la toute jeune noix en formation ; ’ōuo, la jeune noix qui mûrit ; nīā, la jeune noix mûre pleine d’eau ; ‘omoto, quand elle commence à perdre de l’eau et que le fruit intérieur s’épaissit ; ’ōpao, la noix mûre prête à germer ; moro’ati, la noix mûre qui perd toute son eau sans germer ; ‘ōao, la noix mal développée ; ’apu ha’ari, la coque de la noix ; puru ha’ari, l’enveloppe de la noix ; ‘ōata ha’ari, le trou ou œil qui se trouve à l’extrémité supérieure de la noix ; mata ha’ari les deux petits yeux de la noix ; tohi ha’ari, l’extrémité inférieure de la noix.


Diversité des fruits du cocotier en Polynésie française

1. (a) et (f ). Six variétés de cocotier Ha’ari Papua dont deux rouges, trois jaunes et une verte. A kauehi, il en existe aussi une de couleur abricot qui produit de gros fruits, voir photographie (a).

2. (b) et (c). Cinq Nains à troncs fins : Jaune Malais Population Tahiti ; Rouge Malais ; Vert Fakahina (fruits ronds) ; Vert Kauehi (fruits pointus) ; Vert Brésil à fruits ovales, voir aussi (i).

3. (g) et (e). Trois Nains Compacts Rouges (Maria Moorea, Alfred T., Karcher) ; deux Abricots (Rangiroa et Requin) ; trois Verts (à gros fruits, à fruits rentrants, à petits fruits). Il existe aussi des Nains Compacts Bruns (g) et Jaunes (e).

4. Huit variétés de Grands : de gauche à droite : Riata ; Pia à l’amande gélatineuse ; à feuilles retombantes et fruit en poire ; Tahiti ; Rangiroa ; à forme de Rennell ; Bol ; gros fruits à bourre épaisse de Rangiroa.

5. et (c). Deux Grands Nape, dont l’un produit régulièrement des fruits vides dits « bananes », résultant d’un développement sans fécondation.

6. Trois sortes de coco à corne, originaires de Taha’a, Bora Bora et Tatakoto. Seule cette dernière origine a pour l’instant donné des fruits à trois cornes.

7. et (b). Quatre cocotiers Kaipoa dont la bourre des jeunes fruits est tendue et/ou sucrée ; noix de Grands d’Aratika, Taha’a et Fangatau ; (b) Nain Vert Compact Kaipoa de Katiu.

(d). Hybride Nain x Grand, créé par croisement de Nain Vert Brésil et du Grand de Rangiroa, produit dans le champs semencier de Faaroa et planté ici sur l’île de Taha’a.



Lorsque la jeune noix est arrivée au stade ’ōuo, la coque est tendre et comestible et ne contient pas de chair, l’eau devient très sucrée. Au stade suivant appelé nīā, la chair est mince et tendre, rappelant beaucoup le blanc d’un œuf mollet ; elle peut être mangée avec une cuiller, l’eau en est sucrée et excellente à boire. Après cela la noix devient ‘omoto, la chair est épaisse et ferme, l’eau a diminué et a pris un goût aigre ; à ce stade l’enveloppe commence à sécher jusqu’à ce que la noix ait à peu près un an, elle est alors tout à fait mûre et appelée ‘ōpa’a ; l’eau en est très fade.

La pousse germe sous la membrane de l’œil qui se trouve à l’extrémité supérieure de la noix, traverse cette membrane puis se fraye un che- min à travers l’enveloppe et en sortant donne des feuilles qui sont d’abord entières et ensuite divisées.

A ce stade la plante, appelée hīrau, possède à l’intérieur de la noix une matière spongieuse, appelée uto, qui sert à nourrir la plante avant qu’elle ne prenne racine ; l’eau est absorbée petit à petit et la chair se transforme en une substance huileuse appelée para. Le uto est un mets recherché, consommé soit frais, soit au four. Le para aussi est assez estimé (crème que l’on trouve à ce stade).

Les jeunes racines prennent naissance à l’extrémité inférieure de la pousse et se frayent un passage à travers l’enveloppe qui les protège ainsi jusqu’à ce qu’elles aient trouvé la terre.

Elles fixeront la noix au sol et l’arbre poussera ainsi, s’il n’est pas planté convenablement. A ce stade l’eau et la chair sont tout à fait absorbés ainsi que le uto ; la coque et l’enveloppe pour- rissent et disparaissent. En s’étiolant la plante uto donne de jolies feuilles roses qui durent pendant quelque temps et en font une plante d’ornement.


Le uto est un mets recherché, consommé soit frais, soit au four.



Un cocotier en pleine production peut avoir jusqu'à 300 noix

Les cocotiers viennent bien sur le sol fertile des îles hautes et aussi dans le sable des atolls.

Ils portent des fruits au bout de cinq ou six ans et produisent bien pendant soixante ans, ils vivent jusqu’à cent ans produisant moins, et dominant tous les arbres de la forêt. Ils sont extrêmement robustes et un arbre devenu creux et dont le tronc est habité par des rats et des crabes continuera à vivre et à avoir bon aspect. Il produira évidemment moins de noix.

Un cocotier en pleine production peut avoir jusqu’à trois cents noix à des différents stades de maturité et une noix normale donne à peu près quatre-vingt-quinze centilitres d’eau. Sur l’île de Niufu de l’archipel des Tonga, il existe des noix qui ont plus de soixante centimètres de tour. Le nom de l’île veut d’ailleurs dire « noix de coco nouvelle ». Dans les Tuamotu, on trouve une variété qui donne de l’eau salée au lieu d’eau sucrée.

La façon dont les Polynésiens grimpent aux cocotiers est assez originale. Ils prennent environ un mètre d’écorce de purau (hibiscus tiliaceus) dont ils attachent les deux extrémités, puis, passant les pieds dans ce cercle et sautant sur l’arbre, ils l’entourent de leurs bras et grimpent, déplaçant d’abord les bras, puis les pieds à la façon d’une chenille. Arrivés au sommet ils tapent les noix de la main, le son qu’elles rendent donnant une indication sur leur degré de maturité, c’est ce qui s’appelle tōtō. Ayant fait leur choix, ils les tournent de la main, les détachant ainsi et les jettent de façon à ce qu’elles tombent sur la pointe sans se briser.

Lorsque les noix ont été ramassées, on plante en terre un bâton de bois dur pointu à ses extrémités appelé ’ō. L’enveloppe est arrachée en frappant les côtés de l’enveloppe sur la pointe du bâton et en donnant ensuite un mouvement de torsion ; il faut avoir soin de frapper l’enveloppe sur les côtés pour ne pas percer la noix. Cette opération s’appelle ’ō i te ha’ari.


USAGES

Dans le cocotier, tout a son utilité pour l’homme. Quand elles sont vertes et jaunes, les feuilles de cocotier sont utilisées pour décorer les maisons ainsi que pour faire des paravents, des toits, etc...


Les jeunes feuilles sont tressées pour faire des paniers appelés ’ara’iri, etc., et ayant d’autres noms encore d’après leur forme et leur genre. Les feuilles très jeunes qui ne sont pas encore exposées au soleil ont à leur surface une matière transparente et brillante utilisée pour faire des plumes appelées revareva dont on se sert comme coiffure d’ap- parat et aussi pour décorer les vêtements. Cette utilisation est ignorée dans beaucoup d’îles où pousse le cocotier.


Le cœur du cocotier ou puo est comestible et fait une salade délicieuse. Le bois du tronc qui se polit très bien est utilisé pour faire des cannes, autrefois il était employé par les guerriers pour la fabrication de longues lances appelées niu, tao, ou maehae.


On s’en sert également pour faire des poteaux et des clôtures et pour beaucoup d’autres usages, mais il est trop lourd pour la confection de planches ou la construction des pirogues.


Avec le oroe, ou enveloppe de l’inflorescence qui contient les noix blanches et les fleurs, on prépare un liquide sucré, d’aspect laiteux appelé « toddy » qui est agréable à boire et peut servir de levure pour le pain. On l’obtient en faisant une incision de cinq ou six centimètres dans la noix et en recueillant le jus qui s’écoule. Quatre enveloppes peuvent être utilisées sur un arbre et chacune donne environ quarante-cinq centilitres par jour.


Quand les noix tarissent on peut en inciser de nouvelles et l’arbre continue ainsi à donner sa sève ; bien entendu cette utilisation empêche les noix de se former. Lorsqu’on le laisse fermenter le « toddy » devient une boisson fortement alcoolisée.


Dans le cocotier, tout a son utilité pour l’homme.

Avec l’enveloppe sèche de la noix on fait de la corde tressée appelée ’aha ou nape. On en fait aussi des brosses et des balais et aussi des paillassons. Autrefois on l’utilisait pour calfater les pirogues et pour faire des sandales appelées tāma’a, pour les pieds sensibles ; on s’en sert aussi pour faire du feu, car c’est un excellent combustible. La coque séchée fait du bon charbon de bois et développe une grande chaleur en brûlant.

Les coques de noix ont de nombreuses utilisations, suivant leur taille et leur forme. Les grandes font de bons récipients pour l’eau appelés ‘ā’ano ou ’ano’ano ; et aussi des écuelles et des coupes appelées āu’a. Les toutes petites coques sont utilisées comme bouchons pour les gourdes (’ōrei hue) et les larges bambous (’ōrei ’ofe ou ’ohe) lorsque ceux-ci sont utilisés comme récipients.


Le cœur du cocotier ou puo est comestible


Le lait obtenu en comprimant la pulpe râpée est blanc et épais comme de la crème. Il remplace le lait dans le café ou le thé et dans la préparation des aliments. Les Tahitiens ont toujours extrait de l’huile à partir du lait de coco, mais jusqu’à l’arrivée des missionnaires anglais ils ne savaient pas s’en servir pour l’éclairage. Le Révérend Bicknell fut le premier à l’utiliser comme huile de lampe et il leur apprit à faire des lampes dans des noix de coco dans lesquelles on plaçait du sable pour faire tenir la mèche. La mèche était en coton ou en tapa enroulée sur une nervure de feuille de cocotier et était piquée dans le sable au centre de la noix.

L’huile utilisée sur les cheveux, appelée mono’i (onguent) est obtenue en faisant macérer des fleurs parfumées dans un récipient contenant du lait de coco que l’on place au soleil, on obtient ainsi l’huile parfumée (paru, lie de coco).

On se sert aussi de bois de santal que l’on fait macérer dans l’huile sous forme de sciure et on obtient ainsi une huile très recherchée appelée monoi ahi (onguent au bois de santal) utilisée pour les cheveux et aussi pour masser des membres douloureux.

La plupart des variétés de mono’i constituent de bons liniments qui ont des propriétés cicatrisantes. L’écorce et les racines du cocotier ont des propriétés médicinales. Les guérisseurs indigènes préparent sur un feu des décoctions de racines, d’herbes et d’huile de coco qui possèdent de grandes qualités.


Note :

L’édition originale de Tahiti aux temps anciens a été publiée en 1928 par le Bishop Museum d’Honolulu. Sa traduction française, réalisée par Bertrand Jaunez, a été éditée pour la première fois par la Société des Océanistes en 1951. C’est un livre à avoir dans tous les fare de Polynésie.






Vous souhaitez en savoir plus ?

Dossier à retrouver dans votre magazine Tama'a #20 - octobre 2021

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