Silvio Cicero, le poète à la guitare

Textes : Virginie Gillet


Pour une partie du public polynésien, SILVIO CICERO est né dans un grand frisson d’émotion, qui a parcouru toute la place To’ata, lorsque le 31 octobre dernier, il a eu la chance d’entonner en s’accompagnant à la guitare, O oe to oe rima, la sublime chanson de Bobby Holcomb, avec Julien Doré, la star de la soirée. Si d’autres l’avaient déjà découvert à la Casa Mahina en première partie de Vianney ou en concert avec Andy Tupaia, le duo Doré/Cicero avait suscité un énorme buzz sur les réseaux sociaux. Un buzz qui nous a donné envie de revenir sur un parcours déjà riche…

SILVIO CICERO n’est pas né en Polynésie, mais à Pasadena, en Californie, il y a de cela 26 ans. Ses parents, missionnaires dans une église évangélique, s’étaient rencontrés quelques années plus tôt à Montpellier,

en France, qui n’était pourtant pas le berceau de la famille. Silvio, premier fils d’une famille de quatre enfants,

né après deux grandes sœurs, est en effet le fruit des amours de deux exilés : un père sicilien, né en France fortuitement après que son père maçon ait quitté l’Italie pour le travail, et une mère vietnamienne issue

d’une famille bourgeoise de dix enfants, qui avait jugé bon de fuir le communisme en Asie pour la douceur

de vivre du Sud de la Métropole.


Pourtant, sa destinée déjà cosmopolite n’allait pas en rester là puisque ses parents, son père devenu pasteur

et sa mère professeur d’anglais, continuèrent à voyager, missionnés dans le cadre de leur ministère chrétien.


Après avoir quitté les États-Unis alors que Silvio avait seulement 2 ans, ils vécurent notamment en Papouasie Nouvelle-Guinée avant de gagner la Polynésie, où ils s’installèrent successivement à Maupiti, Moorea et Tahiti. Silvio passa ainsi près de 8 ans sur l’île sœur, une grande partie de son enfance, dont il ne conserve que des souvenirs du Fenua.


Que gardes-tu de cette enfance voyageuse et de ces origines si métissées ?

Silvio Cicero : “Un gloubi-boulga (plat imaginaire et nourriture préférée du dinosaure Casimir dont les aventures égayèrent l’enfance de beaucoup d’entre nous, NDLR) ! Plus sérieusement, je me suis toujours senti un peu déraciné. J’envie ceux qui sont polynésiens, avec des parents polynésiens de souche et qui parlent le tahitien. Philosophiquement, j’aime bien l’idée d’appartenir à un pays. Pourtant moi, je ne peux revendiquer aucune nationalité. Les Tahitiens, qui vont assez loin dans la métaphore parfois, ont un terme, d’ailleurs un peu péjoratif, pour qualifier cela : hotu painu. Painu ça veut dire perdu et hotu c’est un fruit qui va germer quelque part après un long voyage dans la mer. Par extension, c’est quelque chose à quoi on a rien demandé et qui arrive pour s’implanter, une sorte de parasite hors-sol. C’est toujours le sentiment que j’ai un peu ressenti au fond de moi, même si je considère qu’à Rome il faut faire comme les Romains.


C’est d’ailleurs pour cela que j’apprends le tahitien et que je chante aujourd’hui dans cette langue, en gage de respect et afin de mieux m’imprégner de tout ce qu’elle véhicule.”

Tu as un cursus un peu particulier aussi. Peux-tu nous en parler ?

“J’ai effectivement passé un bac STG, c’est-à-dire technologique, en mercatique, au lycée Gauguin avant de partir faire une école privée de musique aux États-Unis. Il s’agissait de la Los Angeles Music Academy, à Pasadena, où j’ai appris beaucoup de choses à commencer par les bases du jazz. Mais ce qui a peut-être été encore plus décisif durant ces années-là, c’est que je travaillais également à mi-temps dans une église de gospel noire ; ce qui a largement contribué à ma passion pour ce style musical… et à faire bifurquer mes ambitions premières.”


Alors justement d’où te vient ta passion pour la guitare et pour la musique plus largement ?

“Je suis le seul musicien de la famille : hors-sol pour cela aussi (rire) ! Et tout a débuté parce que des amis de ma mère nous ont offert un jour trois belles guitares, alors que j’avais 12 ans. J’ai commencé à en jouer avec ma sœur aînée, qui a bien vite abandonné, alors que moi j’ai persévéré. J’ai appris à en jouer par tous les moyens possibles, les magazines, Internet, YouTube mais aussi de nombreux profs différents. En fait, ça a été plus une vraie rencontre avec l’instrument qu’avec la musique en général : je connais moins les groupes de rock que les grands virtuoses de la guitare. Mais à 16 ans, je ne pensais plus qu’à ça ! Et lorsque j’ai remporté, en 2009, la 2e édition du Tahiti Festival Guitare avec une reprise d’Andy McKee, ça a été un vrai déclic.



Dans la foulée, j’ai commencé à donner mes premiers cours (je demande encore pardon à mes élèves (rire) !), à assurer mes premières animations dans des hôtels… C’est d’ailleurs ce qui m’a donné envie de toucher à la composition puis, directement en lien avec, au chant. Je ressentais une frustration réelle née du fait que dans un tel contexte les gens ne font pas assez attention à la musique instrumentale. Alors à partir de 19 ans, j’ai commencé aussi à apprendre le chant, parce que ça s’apprend comme le reste, même si au début les gens me disaient que ce n’était pas joli.”


Quelles étaient tes premières ambitions et vers quoi ont-elles évolué ?

“J’ai fait des études pour devenir le meilleur guitariste possible, un guitariste pro pour être en studio ou faire des tournées avec n’importe quelle star. Mais ensuite, j’ai carrément bifurqué vers l’envie de chanter et de composer. Avec le rêve de vive intégralement de la musique. Le rêve absolu, ce serait de repartir aux États-Unis. Mais je pense que ce serait sans doute plus facile d’essayer de percer en France, où la compétition est moins rude, en signant quand même avec un gros label, Warner ou Sony.


JE RÊVE D’UNE VIE D’ARTISTE QUI FAIT DES ALBUMS, SIGNE DES COMPOSITIONS ET VIT DE SES TOURNÉES.


En attendant, je tourne déjà bien ici où j’écris et chante en anglais, en français et en tahitien. Je viens de sortir mon premier titre dans cette langue, Here faito ore (Amour inconditionnel), que je me suis offert le luxe d’enregistrer à Nashville, la capitale de la country, pour lui donner une sonorité dans ce style musical que les Polynésiens apprécient je crois. Je continue régulièrement à donner des concerts et dans le même temps j’écris des chansons pour les autres, des artistes que je produis également comme Tama J, Fred Garbutt et Andy Tupaia. Je suis également producteur sur des clips, comme le récent clip de Noël qui a donné lieu à une belle collaboration avec Pierre Rosso, mon élève en guitare, qui en était le réalisateur. J’ajoute des cordes à mon arc pour réussir à vivre de ma passion.”

Peux-tu nous parler un peu des coulisses de ce duo magique avec Julien Doré ?

“J’avais un contrat à l’époque avec l’hôtel Sofitel de Moorea où je jouais tous les dimanches. Julien Doré y logeait pour quelques jours avec toute son équipe. Ils ont dîné juste à côté de là où je chantais. Les serveuses étaient venues m’avertir : « Chante particulièrement bien ce soir, il sera là, à côté ! ». À la fin de ma prestation, son manager est venu me demander très gentiment si je pouvais les rejoindre. Julien m’a demandé quelle était la dernière chanson que j’avais jouée (O oe to oe rima) et si j’étais disponible le mercredi soir, jour de son concert ! Ensuite, on a répété directement sur le spot, je lui ai expliqué les paroles, je l’ai aidé au niveau de la prononciation… C’était un bel échange.


Julien est quelqu’un de très introverti, qui a un vrai univers, très intime et personnel. Ce n’est pas forcément mon style, mais je respecte l’artiste ; un artiste complet qui dessine aussi super bien ! Il aime faire ça, créer ce genre de duo dans chaque endroit où il va afin de mieux connecter avec le public. Il m’a donné son mail, mais il m’en reste surtout une très belle expérience.”


Que peut-on encore te souhaiter à ce jour ?

“Que du bonheur ! Et ce d’autant plus que je serai pour la première fois papa dans 5 mois. Et pour le reste, suffisamment de volonté pour prendre mon stylo et écrire des chansons encore et encore, pour moi comme pour les autres, car c’est vraiment ce que j’aime faire.”





InstanTANE #07 - juin 2019


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