Steeve Liu, l’entrepreneur qui croit aux signes

Texte & photo: Virginie Gillet


Mais qu’est-ce qui fait courir Steeve Liu, le patron du MalaBar, à qui tout semble réussir ?

Derrière ce succès presque insolent, il y a un parcours atypique empreint d’une véritable philosophie de vie.

À ceux qui ne le connaîtraient que sous les traits du patron cordial du MalaBar, le bistro-bar tendance de la rue Gauguin, ou entouré d’une bande d’amis fêtards, il va falloir remettre les pendules à l’heure. Derrière cette cordialité et ce sens de la rencontre, il y a un véritable homme d’affaires, qui s’est construit en une douzaine d’années une carrière des plus étonnantes.


Tout commence en 2015. Steeve, né à Tahiti en 1987, vient d’obtenir un bac ES au lycée La Mennais. La maladie de son papa le fait renoncer à la poursuite de ses études. Il intègre alors le magasin familial, comme il est de tradition dans la communauté asiatique. Ses parents ont réussi dans la restauration et le secteur de l’alimentaire, et possèdent plusieurs affaires. Steeve débute au magasin Liou Fong comme caissier. Le jeune homme qui “a le respect des gens qui travaillent, même à des postes modestes” se trouve rapidement trop à l’étroit dans ce contexte familial, rêvant d’autonomie. Piqué au vif lorsque son papa lui affirme “qu’il ne fera jamais rien et que personne ne l’embauchera avec ce simple bac en poche”, il décide de voler de ses propres ailes. Lui qui “n’a pas de plan” mais considère que “s’il n’est pas un opportuniste, il est en revanche quelqu’un qui sait saisir les opportunités que la vie réserve” commence par postuler auprès de la compagnie aérienne internationale locale, après avoir vu une annonce dans un quotidien de la place. Sa candidature est retenue. Au prix d’un gros effort financier, il s’offre un mois de formation afin d’obtenir le fameux diplôme CSS (Certificat Sécurité Sauvetage), qui lui ouvrira les portes de la compagnie. En 2006, il devient PNC (Personnel navigant commercial) chez Air Tahiti Nui. À partir de ce “premier combat gagné”, Steeve, qui n’a de cesse de se remettre en question, d’apprendre et de progresser, voit sa vie commencer à évoluer.

“S’il y a encore une marche à monter, je le ferai jusqu’à mon dernier jour”

Le fait de “prendre désormais l’avion comme on prend le bus” lui ouvre d’infinis horizons. Le jeune homme décide de profiter de chaque voyage pour s’éduquer et découvrir de nouvelles façons de vivre. Au détour d’une destination, il révèle aussi son âme d’artiste, émerveillé par tout ce qui est beau.

En 2008, lorsque la compagnie, après une nouvelle sélection, met un terme à son contrat, il a beaucoup appris et sait ce qu’il vaut. Toujours concentré sur ses compétences plutôt que sur ses carences :

“Tout s’apprend dans la vie. Tu ne sors pas du ventre de ta mère en sachant parler et danser le rock’n’roll ! Il faut juste passer la première, persévérer et ne jamais reculer”.

Steeve, à qui sa famille a “appris à faire la cuisine et à compter les sous”, décide de postuler dans les trois banques locales. Il devient chargé de clientèle dans l’une d’elles. Mais porté par son envie viscérale de ne pas rester sur ses acquis et d’apporter sa pierre à l’édifice collectif, il choisit encore de ne pas s’arrêter là.


Boosté par la lecture de nombreux livres de développement personnel, il quitte la banque en 2014 pour créer sa première société, Tahitian Box, spécialisée dans l’événementiel. Il se lance aussi avec succès dans le stylisme pour “créer des chemises tahitiennes qu’il puisse porter, très colorées et à sa taille” en dessinant des modèles que la maman de son compagnon, couturière, confectionne.

Le premier défilé est un carton, qui débouchera sur d’autres. Le succès de la marque Steeve L. permet l’ouverture de la boutique Mahani, rue Gauguin déjà. Les choses s’enchaînent avec sa notoriété croissante jusqu’à l’ouverture le 1er mai 2017 du Shinetari, un “lieu” de restauration convivial situé à Fariipiti, suivie de celle du MalaBar en février 2018.

Loin de s’endormir sur ses lauriers, Steeve Liu, qui veut pouvoir se “lever chaque matin en sachant quoi faire pour assurer ses arrières” continue à avoir très à cœur d’œuvrer pour le Fenua mais également de le promouvoir à l’extérieur à travers de nouveaux projets, à Hawaï et en Nouvelle-Zélande. Toutefois s’il ne veut pas “se louper”, c’est d’abord pour son personnel, une préoccupation qui s’est imposée avec la maturité.

Steeve le battant, qui “ne croit pas en la concurrence mais en la synergie des entrepreneurs”, vise avant tout “ le bonheur de sa trentaine d’employés”, pas moins.

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