Biobase Tahiti. Rien ne se perd, tout se transforme
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Ayana Champot et son compagnon Ioteve Mendiola sont les deux jeunes entrepreneurs locaux derrière le nom BIOBASE TAHITI. Ensemble, ils ont créé une entreprise innovante, écoresponsable et éthique, qui produit de la matière première à partir de déchets végétaux.
© Texte & Photos: Valentine Livine

Il y a cinq ans, Ayana Champot décide de passer à l’action pour préserver son fenua, car elle est écœurée par les déchets retrouvés sur les plages, notamment toutes les barquettes alimentaires laissées par des gens peu regardants sur la question environnementale. La valorisation des déchets végétaux comme réponse écoresponsable lui apparaît alors comme la solution idéale. Elle se lance dans son projet avec enthousiasme, désirant monter une entreprise d’emballages alimentaires biodégradables entièrement fabriqués à Tahiti. Si le bananier s’impose vite comme le parfait candidat, dans la mesure où sa fibre présente de nombreuses qualités, Ayana et Ioteve travaillent aujourd’hui également avec la canne à sucre et l’ananas.
Le bananier s’impose vite comme le parfait candidat
Une arrivée imminente dans le secteur de l’alimentation
Ça y est, c’est officiel : les machines sont commandées et les prestataires démarchés. En 2026, Biobase va réaliser son objectif premier : fabriquer des emballages biodégradables cent pour cent locaux dans le secteur de l’alimentation. Si Ayana et Ioteve préfèrent rester discrets sur la filière choisie, ils sont très heureux de ce nouvel axe de développement, qui devrait contribuer à réduire les importations de la Polynésie française tout en protégeant son patrimoine naturel grâce au recyclage des déchets végétaux.

Redirection, mais un objectif identique !
« Si une méthode ne fonctionne pas, change de méthode… pas d’objectif ! », partage Ayana. Et c’est exactement ce qu’elle fait depuis cinq ans. Son compagnon Ioteve et elle se sont confrontés à un problème de taille : la perméabilité du matériau final. Cette difficulté les a empêchés de produire des barquettes alimentaires en fibre végétale recyclée. Cependant, au lieu d’abandonner leur projet, ils l’ont redirigé, car ils souhaitent prendre le temps de résoudre le paramètre « étanchéité ». Ils ont ainsi diversifié les emballages et les offres afin de répondre à une demande croissante, tout en maintenant leur objectif de valorisation des déchets végétaux en vue de proposer une solution écodurable, non polluante et non toxique.
« Peu importe où tu vis, tu peux toujours faire la différence. Face aux problèmes économiques et environnementaux, qui sont inévitables, on peut soit attendre que la solution vienne des autres, soit réfléchir et tenter d’agir. Nous avons choisi la seconde option ! », s’amuse la jeune femme chef d’entreprise.

Des locaux à Mataiea
Ayana Champot a une vision finale précise de l’entreprise qu’elle souhaite piloter. Pour l’atteindre, elle sait s’organiser, anticiper, mais aussi se montrer audacieuse. C’est son audace, associée à sa détermination, qui a permis à Biobase de s’installer dans des locaux adaptés à son expansion.
Biobase Tahiti est située à Mataiea, dans des ateliers d’agrotransformation. C’est l’endroit idéal pour que la start-up puisse croître et prendre son plein envol.
Une vision plus forte que les obstacles
« Il faut clairement identifier tes objectifs et les maintenir », explique Ayana Champot. « Prioriser ce qui est important pour le développement d’une entreprise et y mettre toute son énergie, c’est une des clés du succès. »
Parti d’une exploitation artisanale dans leur maison en location, le jeune couple s’est énormément documenté et a effectué de multiples essais avant d’arriver à la formule magique de leur produit.
« Pendant deux ans, nous avons tâtonné, expérimenté, appris et recherché. En 2022, nous avons pu officiellement créer Biobase Tahiti avec un matériau de qualité, beau, résistant, écoresponsable, entièrement biodégradable et cent pour cent local. Nous sommes fiers de participer à l’économie circulaire, de valoriser nos ressources locales, d’être des acteurs engagés dans la préservation de notre environnement et d’apporter des réponses concrètes et utiles. »
Ayana Champot et Ioteve Mendiola sont passionnés et comptent bien faire de Biobase Tahiti le futur numéro un de l’emballage en Polynésie française.

BIOBASE TAHITI, une entreprise en plein essor
Tama’a : Quelle est l’évolution de Biobase depuis sa création ?
Ayana Champot : Depuis 2022, Biobase a su se développer de façon sécuritaire et pérenne. Nous pouvons désormais nous consacrer à des objectifs plus grands qu’au début et augmenter notre rendement. Nous sommes passés d’une fabrication artisanale des gabarits, entièrement manuelle, à une assistance par ordinateur. Nous disposons à présent d’un logiciel de création de gabarits et d’une imprimante spécialisée. Avant cela, tout était dessiné et découpé directement sur la fibre, ce qui nous prenait beaucoup de temps. Cette étape automatisée représente un véritable gain de temps : grâce à elle, nous améliorons notre production et notre productivité. Les découpes et le pliage se font toutefois toujours manuellement.
Combien de personnes travaillent à Biobase ?
Nous sommes quatre employés permanents. Nous accueillons également de nombreux stagiaires (lycéens, étudiants et collégiens) et faisons appel à trois prestataires de services fixes. Nous sommes ainsi épaulés par des partenaires en communication, en distribution ainsi que par un ingénieur en emballage.
Où trouvez-vous la matière première ?
Nous travaillons avec des troncs de bananier que des prestataires nous vendent au kilo. Cette étape étant déjà budgétisée, nous ne pouvons pas rémunérer les particuliers qui nous apportent leurs arbres coupés. Cela fonctionne donc sur la base du don, pour ceux qui souhaitent participer à l’essor de Biobase. Nos fournisseurs sont déjà identifiés et nos méthodes de travail bien rodées. Nous collaborons efficacement ensemble.
Travaillez-vous uniquement avec le bananier ?
Oui, bien que nous ayons reproduit avec succès notre procédé d’obtention de papier à partir de l’ananas et de la canne à sucre. Le bananier reste néanmoins notre végétal de prédilection.
Quelle est l’ambition de Biobase ?
Nous souhaitons devenir le leader de l’emballage en Polynésie française. Pour y parvenir, nous nous appuierons sur trois axes complémentaires. Notre ambition n’est pas d’éliminer la concurrence ni de rechercher un statut ou un pouvoir. Devenir numéro un signifie avant tout protéger au maximum le fenua de la pollution liée aux emballages plastiques. Notre offre est vertueuse à tous les niveaux et, si nous pouvons inspirer d’autres acteurs à créer des solutions durables favorables au développement économique et environnemental, ce sera une réussite. En attendant que d’autres entrepreneurs pleinement investis dans cette mission se lancent, nous souhaitons rayonner davantage et proposer encore plus de solutions concrètes et fiables que celles que nous apportons déjà.











