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La communication non violente, clé d'une hygiène relationnelle

© Texte : Valentine Livine - Photos : Sara Tiare Aline


La communication non violente (CNV) offre aux êtres humains la possibilité d’instaurer une hygiène relationnelle via une parole respectueuse, authentique, harmonieuse. Aujourd’hui, elle est largement accessible dans le monde tant les contenus & ressources abondent. À Tahiti, elle est aussi présente, notamment avec Te Manu Hau, littéralement “L’oiseau de paix”.


Les formations s’adressent autant aux entreprises qu’aux particuliers. Que le but soit de fluidifier la communication au travail ou à la maison, les formations offrent des outils concrets, ludiques et pratiques.



UN PEU D’HISTOIRE(S) La CNV est largement associée à Gandhi, emblème de la non-violence. Elle a été développée par Marshall Rosenberg dans les années soixante, directement inspirée des travaux de Carl Rogers et Abraham Maslow. Depuis, le Dr Rosenberg a formé des milliers de personnes à la CNV, et fait des “bébés” autour du globe ! En France, Thomas d’Ansembourg est un des grands initiateurs de la communication non violente et, dans une approche similaire, nous trouvons Jacques Salomé, créateur de la méthode ESPÈRE, qui développe, lui, la communication positive pour une hygiène relationnelle.


À Tahiti, la CNV est également présente, dans le milieu professionnel avec Api Ora et Te Manu Hau, mais aussi dans le domaine privé avec l’association PAT (Parent autrement à Tahiti).


Avec PAT, les particuliers peuvent se former ou s’éduquer à la CNV à l’Éco-lieu de Faa’a. Sara Tiare Aline a créé (en plus de PAT) Te Manu Hau, un programme d’éducation à la paix qui recoupe discipline et communication positives, éducation bienveillante, pédagogie Montessori et grammaire des émotions Filliozat. Elle s’adresse directement aux familles, offrant des outils concrets et pratiques.


L’Éco-lieu est le QG de Sara Tiare Aline, créatrice de l’association Parent autrement à Tahiti et du programme d’éducation à la paix Te Mana Hau.



LA COMMUNICATION NON VIOLENTE La CNV est autant une façon de parler que d’écouter, car l’écoute y a une place prépondérante. Le but n’est pas de convaincre l’autre, mais bien de s’exprimer, d’entendre, d’échanger avec respect et authenticité. La CNV apporte des clés et des outils afin de nourrir un dialogue constructif et apaisé, même (et surtout) lorsque le sujet abordé est conflictuel. Avant d’arriver à entendre les besoins de l’autre, il est essentiel d’apprendre à reconnaître les siens.




La communication non violente ouvre la porte à la compréhension intime de soi, franche, sans compromis, mais avec douceur et bienveillance. Lors des formations avec Sara Tiare Aline par exemple, nous apprenons à identifier nos besoins (besoin de reconnaissance, de respect, d’être compris, d’être aimé...) pour les exprimer avec le plus de justesse. La CNV contribue à répandre le langage du cœur pour enrichir la vie, répondant aux problématiques quotidiennes que nous rencontrons tous.




Sara Tiare Aline forme en communication et discipline positives. Elle utilise les fameuses marionnettes girafe et chacal !



4 POINTS FONDAMENTAUX La CNV focalise notre attention sur 4 points majeurs : ce qui se passe en moi, ce que je demande pour rendre ma vie plus belle, ce qui se passe en l’autre, ce que l’autre demande pour rendre sa vie plus belle.

Lorsque l’on observe ce qui se passe en nous, on peut identifier les éléments favorisant notre bien-être ou notre mal-être. Nos sentiments sont de précieux indicateurs pour nous y aider. À partir de là, nous pouvons aller à la rencontre de nos besoins et, par la suite, les exprimer sainement. On apprend à éviter le jugement, fruit de nos évaluations d’une situation, pour simplement observer et décrire ce que nous voyons de la situation, ainsi que son effet sur nous. En nous aidant à identifier nos besoins réciproques, la CNV nous encourage à utiliser un langage favorisant l’élan du cœur plutôt qu’un langage contribuant au ressentiment ou à la diminution de l’estime de soi.


La CNV focalise notre attention sur 4 points majeurs : ce qui se passe en moi, ce que je demande pour rendre ma vie plus belle, ce qui se passe en l’autre, ce que l’autre demande pour rendre sa vie plus belle.

DU “TU”, AU “JE” Une des bases qui change toute la donne : passer des messages “tu” à des messages “je”. Nous avons tous reçu des reproches, tu ne m’écoutes pas quand je te parle,,tu n’as pas fait la vaisselle, tu aurais pu le de- viner ! C’est toujours pareil avec toi... Lorsque cela arrive, nous nous sentons tristes car nous pensant agressés. Nous avons envie de nous défendre en nous justifiant et, généralement, en accusant en retour. La communication est largement enrayée, pouvant tourner des années en rond sans avancée significative, car les besoins de chacun n’auront été ni entendus ni reconnus.


Adopter les messages “je”, c’est parler de soi, de ses émotions, de ses besoins. Cela force à l’introspection et offre des moments de recul salutaire en cas de tensions. En voici des exemples : Des temps d’écoute mutuelle sont importants pour moi, J’ai besoin d’ordre dans la maison, je n’ai pas exprimé ma demande, je m’en rends compte, je suis attristé par ce comportement... J’ai besoin d’évolution, et si nous apprenions à faire autrement ? etc.


Sara Tiare Aline, utilise les fameuses marionnettes girafe et chacal !


La CNV, c’est apprendre sur soi pour mieux apprendre de l’autre et sur l’autre. En effet, comment prétendre à une bonne écoute de notre interlocuteur, si nous ne savons pas le faire pour nous-même ?


DU “PARLER CHACAL” AU “PARLER GIRAFE” ! Marshall Rosenberg, lors de ses formations, utilise (entre autres) des marionnettes : la girafe et le chacal. La girafe parle le langage du cœur, maîtrise la CNV, tandis que le chacal symbolise la violence ordinaire, les jugements, critiques, reproches, et ne connaît pas la communication violente. Des jeux de rôles avec les marionnettes sont alors très criants de vérité, nous montrant les rouages que nous entretenons à l’infini sans en être conscients lorsque nous parlons “chacal”, et comment nous nous élevons et élevons l’autre lorsque nous parlons “girafe”. Sara Tiare Aline utilise, elle aussi, les fameuses marionnettes lors de ses formations, et tout un vaste panel d’outils concrets et ludiques (dés, marelle...).

Les marionnettes, symbole de la CNV, se révèlent particulièrement efficaces avec les enfants qui entrent instantanément dans le jeu. Selon Rosenberg, les chacals sont des girafes qui ont un problème de langage ! Mais la girafe et le chacal cohabitent en chacun de nous, sont tous les deux utiles en nous. Il n’y a pas un gentil et un méchant, il y a une conscience à poser sur le monde de communication que nous utilisons et à quel moment. Toute critique, toute agression est l’expression d’un besoin non satisfait, explique Marshall Rosenberg. La CNV est donc un apprentissage, ou plutôt, une rééducation.


Devenir une girafe

Nous apprenons tous de manière différente. Certains seront plus réceptifs à un enseignement visuel, quand d’autres seront kinesthésiques ou auditifs. Pour aider à intégrer les apprentissages, il existe des supports vidéo, des illustrations, des lectures, des formations, des cours théoriques...

Le site Apprentie-Girafe.com :

La Communication Consciente Illustrée, est une mine d’or bourrée d’illustrations très parlantes. L’apprentissage de la CNV devient alors un jeu, que l’on peut s’amuser à explorer en famille. Les dessins de Laetitia parlent merveilleusement aux enfants, favorisant chez eux l’intégration des fondamentaux de la communication pacifiste. Pour devenir une girafe accomplie, nous avons besoin de pratiquer, pratiquer et... pratiquer !



DES OUTILS CONCRETS AVEC TE MANU HAU Sara Tiare Aline, avec Te Manu Hau, intervient dans les familles. Sa première action est d’apprendre à chacun l’écoute corporelle, pour cerner ses besoins et identifier s’il les nourrit, avec quoi, suffisamment ou non. Elle vient ensuite sur le grand terrain de jeu des émotions, car cela est très présent et prenant dans la vie familiale. Le cheval de bataille de Sara depuis 10 ans, via PAT : les violences éducatives ordinaires.

Elle agit à la source avec Te Manu Hau, ce qui est hautement satisfaisant. Voir que mes actions ont un impact positif, apprendre aux gens les plus exposés à éliminer les violences éducatives ordinaires, c’est merveilleux, confie Sara.


Elle a été contactée par les institutions et services sociaux pour dérouler son programme d’éducation à la paix dans des familles défavorisées de Tahiti.


Elle apporte également son aide dans les centres pénitentiaires...

Ses interventions se font en trois temps : une partie théorique où l’on apprend les outils de CNV et de pédagogie positive, une partie pratique où l’on réinvestit ce que l’on a appris, puis une mise en situation dans la cellule familiale. Là, Sara visite les familles chez elles pour que le cadre d’application des enseignements soit concret. Au début, elle effectue un suivi des familles une fois par semaine pendant un mois. Puis elle se déplace toutes les deux semaines, puis une fois par mois. Le but, en espaçant les visites, est de les rendre autonomes, tout en leur laissant le temps de mettre en place les changements profonds qu’induisent la CNV et la discipline positive.


Te Manu Hau permet d’apprendre à reconnaître et exprimer ses besoins de façon saine pour soi et pour les autres, tandis que l’aspect “éducation positive” de la formation donne des outils concrets de gestion des comportements des enfants.

Avec PAT, Sara Tiare Aline propose également des cercles de parole et des groupes de pratique. Cela permet non seulement de garder la motivation, mais aussi de trouver des solutions lorsque l’on se sent coincé, d’être entendu sans jugements. Cela est réconfortant de voir que toutes les familles connaissent des périodes plus ou moins difficiles lors desquelles la violence ordinaire peut s’insérer si l’on manque de vigilance.


La CNV s’apprend aussi à l’école, comme ici lors d’une intervention au collège d’Afareaitu.


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Jacques Salomé : “Heureux qui communique”

Il est, entre autres, psychosociologue et écrivain. Mais ce vieil homme sage a plus d’un tour dans son sac, de cordes à son arc. Il a développé une méthode unique de ce qu’il appelle l’hygiène relationnelle. Ces enseignements s’adressent à tous ceux qui acceptent de se responsabiliser pour prendre en charge directement, personnellement, immédiatement l’amélioration possible de la qualité de leurs relations avec eux-mêmes et avec autrui.


La méthode ESPÈRE est une approche qui s’appuie sur la communication non violente, mais va plus loin. Elle suit un processus composé de 4 démarches pour apprendre à s’exprimer le plus clairement possible. Il s’agit d’oser demander, oser donner, oser recevoir et oser refuser. Cela paraît simple et, en lisant ces lignes, on peut se dire que cela, on le fait déjà très bien ! Et pourtant, combien de demandes avec sous-textes sont envoyées, combien de compliments nous refusons de recevoir, combien d’élans du cœur nous réprimons, combien de fois nous disons “oui” par peur de dire “non”... Pour Jacques Salomé, plus que la réponse, c’est la démarche d’ouverture sincère à l’autre qui importe. Et aussi accepter que lorsque l’autre dit “non”, ce n’est pas à nous, mais à notre demande, ce qui est très différent !

Le travail de Jacques Salomé est précieux en ce sens qu’il invite véritablement à entretenir une communication fluide et sereine, particulièrement au sein du couple. Il dit d’ailleurs avec justesse que ce qui maintient deux êtres ensemble, ce n’est pas l’amour, mais la qualité de la communication. Si l’amour est le fondement d’une famille, la communication en assure la pérennité.

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LE POUVOIR DE CRÉER UNE SOCIÉTÉ SAINE Nous avons le pouvoir de changer, de créer notre réalité, et cela démarre en soi, puis dans la famille. Selon Sara Tiare Aline, ce que l’on vit dans le cercle familial se répercute dans nos autres cercles relationnels. Une action positive sur le plus petit cercle (la famille) va rayonner sur toutes les autres structures. C’est pourquoi elle a créé Te Mana Hau et agit directement à la source. Par effet domino, les bénéfices appris et appliqués de la CNV parmi les siens vont rejaillir dans toutes nos relations, qu’elles soient professionnelles, amicales, familiales.


La communication non violente est un outil accessible avec une symbolique profonde.

On y parle de l’humain avec un grand H. La CNV paraît être un outil de réduction et de gestion des conflits, un outil de communication, mais en réalité, elle est plus que ça : c’est une clé de compréhension profonde de soi. L’enseigner aux enfants est indubitablement le gage d’une société pacifique et empathique.



10 clés de conscience à développer

Jessica Font est psychothérapeute et coach accompagnant depuis 10 ans des milliers de personnes à changer de l’intérieur. Elle nous offre ici 10 clés de conscience à développer pour sublimer notre relation (ou future relation). La CNV y tient une place prépondérante, car Jessica Font nous apprend à nous responsabiliser, passer à l’action pour répondre à nos besoins, nous exprimer clairement (entre autres).


  1. Les relations sont vivantes, elles bougent et évoluent au rythme de nos cheminements personnels. Vouloir figer les choses (par insécurité) fait stagner ou stoppe l’épanouissement amoureux. Travailler sa sécurité interne est donc nécessaire pour vivre sereinement les mouvements du couple et accepter son évolution.

  2. Comme toute chose vivante, la relation produit des déchets (incompréhensions, colère, émotions refoulées, indélicatesse...). La communication est l’outil de nettoyage majeur des relations.

  3. Une communication authentique et consciente permet l’évolution permanente, créant encore plus de proximité entre les êtres.

  4. Les défauts et les qualités que je vois chez l’autre, je les porte aussi en moi (sinon je ne peux pas les reconnaître). Prendre la responsabilité de nos états et comportements déleste l’autre de nos jugements, stoppe la séparation et corrige naturellement ce qui a besoin de l’être.

  5. Chacun doit prendre la responsabilité de ses blessures, les libérer pour cesser de les projeter sur l’autre.

  6. Guérir et accepter ses “défauts” est essentiel pour arrêter de les attirer à soi.

  7. Chacun doit relâcher et aimer son passé pour qu’il cesse de le posséder, en retirer tous les enseignements.

  8. Développer des loisirs personnels est essentiel pour alimenter le couple en partage et ne pas entrer dans des dépendances.

  9. Un mode de vie sain fait monter l’énergie, active notre rayonnement et permet des échanges plus riches et abondants dans tous les domaines (physique, cérébral, sexuel, etc.).

  10. Plus j’apprends à m’aimer et m’accepter, plus je suis en mesure d’accepter et d’aimer pleinement l’autre. Si j’ai des blocages qui m’empêchent de recevoir l’amour et d’en donner, je dois prendre en charge cette partie de moi restée coincée dans une blessure.



Te Manu Hau

Mail : temanuhau@gmail.com

Facebook : TeManuHau-Programme d’éducation à la paix

Instagram : te_manu_hau




Vous souhaitez en savoir plus ?

Dossier à retrouver dans votre magazine Tahiti Wellness #04 - septembre 2022

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