Pātoa, le cresson de nos îles

L’un des rares végétaux endémiques de Tahiti


Haere ana'e i te pae vai pātoa ai… Allons au bord de l'eau pour nous reposer à l'ombre. C’est bien de pātoa qu’il s’agit dans cet article. Pātoa signifie rendre un peu de repos au bord de l'eau, à l'ombre : dans ces quelques mots, le biotope du cresson est résumé : de l’eau, de l’ombre, du temps.



La base de l’alimentation des anciens Polynésiens reposait sur des féculents, quels qu’ils soient : ‘uru (arbre à pain), taro et dérivés, ufi (igname), ‘umara (patate douce) et autres racines-tubercules.

Les légumineuses étaient rares, comme le rapporte l’historien spécialiste de l’alimentation des anciens Polynésiens Christophe Serra-Mallol, sinon le fāfā, le pota, une liane grimpante ou rampante selon les biotopes, appelée pōhue (convolvulus brasiliensis) consommée en période de disette, et que l’on reconnaît toujours aisément de nos jours, parée de ses petites fleurs mauves ; enfin, les anciens Polynésiens consommaient du cresson, « l’espèce Rorippa sarmentosa, qui aurait été cultivée pour des usages à la fois alimentaires et médicinaux. » (Serra-Mallol, p. 42), que l’on appelle dans nos îles tahitiennes pātoa pūrahi, totorotogoiti à Mangareva et nau pātoa aux Australes.



Un cresson endémique

Le cresson est une plante qui apprécie les milieux humides : la culture en bassin ou au bord d'un cours d'eau est donc particulièrement bien adaptée. Cependant, il est possible de le cultiver au jardin, en pleine terre, à condition que le sol soit riche et humide. Le cresson sauvage endémique de Polynésie pousse dans les rivières aux eaux pures qui descendent de uta, la montagne, sous la forme de lianes. Bien qu’il soit comestible, il faut s’en méfier car il peut être l’hôte d’un parasite mortel pour l’homme : la douve du foie.


C’est pourquoi, peu à peu, fut privilégié le cresson de culture ou cresson d’eau ou de fontaine, Rorippa nasturtium aquatica, désormais appelée officinale, que l’on appelle pātoa vai à Tahiti, même si, depuis la fin des années 1990 dans le monde, la consommation d’un cresson moyen-oriental, le cresson alénois (Lepidium sativum) ou cressonnette (crucifère cousin du navet, des choux et de la moutarde) prend de l’ampleur. Comme l’alfalfa, il se vend sur les étals des marchés urbains sous la forme de graines germées riches de vitamines et de minéraux. Ces jeunes pousses sont de plus moins relevées, moins piquantes, que le cresson à maturité.


Une plante médicinale devenue légume

Le cresson de fontaine et le cresson alénois ont des feuillages très différents et on ne les cultive pas de la même façon. Le cresson de fontaine, comme son nom l’indique est cultivé en milieu humide et nécessite de l’eau courante constamment. Il existe aussi un cresson des prés (Cardamine pratensis), aux feuilles fermes, ou un cresson des jardins (Barbarea verna), aux feuilles brillantes et à la saveur poivrée, mais nous n’en avons pas vu sur Tahiti et ses îles.



Le cresson contient des vitamines et des oligoéléments intéressants pour l’homme. Par exemple, au temps des Romains, le cresson était réputé pour faire pousser les cheveux. Si votre calvitie naissante ou confirmée ne constatera pas réellement d’améliorations visibles, même si vous « broutez » du cresson à longueur de journée, ce végétal n’est pas dénué d’intérêt pour votre santé.


Le cresson est ainsi beaucoup plus riche en fer que les épinards pourtant renommés, ainsi qu’en vitamines B9, C et E, calcium et manganèse.

Du cresson au ma’a tahiti

Les hommes l’ont consommé très tôt, profitant de ses qualités gustatives et de ses propriétés. Sa culture en champs a débuté au 19e siècle, en France comme en Polynésie.


Avant la construction du boulevard Prince Hinoi, toute cette zone de Pirae était très marécageuse. Une partie était exploitée pour la production de cresson, particulièrement prisé par les Polynésiens pour accompagner le traditionnel veau à la broche et les haricots blancs importés. Devant l’urbanisation et la pollution (le cresson est une plante fragile, sensible à la pollution de l’air et de l’eau), la production de cresson local s’est considérablement réduite. Vérifiez, dans les rivières : quand vous trouvez des quantités impressionnantes de chevrettes, vérifiez les rives, il y a certainement du cresson alentour. A Tiarei, au départ des trois cascades de Faarumai, vous croiserez des Polynésiens courbés dans leurs plantations taro, manioc et cresson. C’est un des lieux idéals pour la culture du cresson, comme il en existe beaucoup dans nos îles : la vallée de Tuauru à Mahina notamment. Le cresson produit était vendu sur les étals du marché de Papeete, dans les années 1950.

En le voyant, c’est un banquet de poissons grillés et lait de coco, de veau à la broche et haricots, de korori, chevrettes et citron qui se dessine sous nos yeux. Magie de Tahiti !


Du cresson dans votre fa’a’apu

Vous souhaitez récolter votre propre cresson ? Rien de plus simple : un semis direct en pleine terre, sur des sillons peu profonds est réalisable. Semez en ligne, recouvrez les graines d'une légère couche de terre fine et arrosez. Echelonnez vos semis toutes les trois semaines pour mieux étaler les récoltes (si vous souhaitez en manger régulièrement)


Dès que les rosettes sont formées, éclaircissez votre rang, un plant vigoureux tous les 10 cm. Désherbez avec attention (à la maison, sans aucun produit phytosanitaire), vérifiez que les gourmandes limaces ne se régalent pas des jeunes pousses, et surtout : arrosez, régulièrement, abondamment (sauf si vous avez un ruisseau qui passe dans votre jardin, bénis des dieux que vous êtes).


Un éclaircissage est nécessaire dès que les rosettes sont formées : ne laissez qu'un plant tous les 10 à 15 cm. Le cresson alénois ne nécessite que peu d'entretien mis à part des binages et des désherbages. C'est un gourmand en eau qui demande des arrosages réguliers. 6 à 7 semaines après les semis, vous récolterez vos bottes de cresson, haute de 10 à15 cm, ou juste les feuilles supérieures, laissant en terre 5 cm de tiges et feuilles, pour le que pied monte ensuite en graines. Récupérez-les, sur les fleurs fanées, pour vos futurs semis. Ne prenez que celles des plus belles fleurs sur des plants les plus vigoureux (sélection massale) Séchées, elles se conserveront, dans notre milieu humide, au moins 2 ans.


Cresson pota soupe

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