Healthy Class, un programme Alimentation-santé qui concerne de plus en plus de jeunes
- il y a 1 jour
- 5 min de lecture
Mieux se nourrir, avec d'avantage de fruits et de légumes, se soucier de sa santé en prenant de bonnes habitudes alimentaires et sportives, c’est l’ambition du lycée des Îles-sous-le-vent, à Uturoa. En plus des classes de seconde, le dispositif s’est adressé,en 2024-2025, aux élèves de sixième, touchant au total presque 200 ados. L’objectif est de l’étendre à tous les collégiens du Lut, soit autour de 600 élèves.
© Texte : Gaëlle Poyade - Photos : Healthy Class

Pour convaincre, rien de tel que l’exemple. Et quel exemple ! Cédric Wane, triathlète et coureur de fond, classé dans le top 6 mondial en swimrun, est venu dans les classes pour témoigner de son régime de sportif de haut niveau.
Végétarien, le Tahitien a d’emblée cassé les idées faciles selon lesquelles les produits énergisants, voire dopants, sont nécessaires pour être au maximum de son potentiel. Bien au contraire, non seulement ces additifs s’avèrent superflus, mais un régime équilibré, composé de fruits et de légumes, permet de surcroît d’atteindre des performances de force, de vitesse et d’endurance.

L’association sportive de l’établissement tout comme les professeurs d’éducation physique n’ont pas manqué une miette de cette intervention.
« Les jeunes étaient super intéressés par ce témoignage », rapporte Heremoana Raapoto, coordinateur de Healthy Class, « car ils sont convaincus que, pour être musclé, il faut prendre des protéines ou de la créatine ».
Or, « l’homme le plus fort du monde » est végétalien !
Rappelons que le champion d’haltérophilie, Patrick Baboumian, a transporté un poids de 550 kg sur 10 mètres au cours d’un festival végétarien à Toronto en 2013.
De la ferme à l'assiette
Destinées aux classes de seconde ou de sixième, de nombreuses sorties ont impulsé l’élan pour mieux se nourrir. Avec la visite agricole de Fāora Lab, une ferme biologique à Avera, qui a la particularité d’être dirigée par un cuisinier. Amoureux du bien-manger et soucieux de ne rien perdre de ce que la nature nous offre, Moerani Lemaire cultive, cuisine et sert à volonté.

En résumé, il donne le goût ! Par ailleurs, Fāora Lab organise deux fois par an un stage d’autonomie alimentaire et énergétique.
La découverte de la coopérative bio de Raiatea ainsi que de la ferme permacole Vaihuti Fresh a été l’occasion d’évoquer l’économie circulaire, étudiée en cours de sciences économiques et sociales. L’idée est de montrer aux jeunes qu’en consommant des produits locaux, on soutient l’économie de son île.
Moerani Lemaire cultive, cuisine et sert à volonté

Les félicitations du jury
Le concours culinaire Le fenua dans l’assiette était jugé par des personnes soucieuses d’éducation et d’alimentation, à savoir Patrice Leroy, proviseur du Lut ; Franck David, chef cuisinier du Lotus, à Tahiti ; Laure Elzière, cogérante de la Villa Ixora ; Loïc Hurtrel de l’hôtel-restaurant Raiatea Lodge ; Heremoana Tetuanui, président de l’association des parents d’élèves du Lut ; et Chantal Tefaaora, chef adjoint à la cantine du collège-lycée.
Parrain depuis la première édition de Healthy Class, Franck David soutient avec toujours autant d’intérêt ce défi.
« C’est très bien organisé, grâce aux efforts de professeurs qui s’investissent à fond dans les différentes activités. Ce programme est très intéressant, car la cuisine est intégrée à un tout ; le sport, la santé, le partage en famille. »
« Il est de notre responsabilité d’encourager les jeunes à bien manger », affirme Loïc Hurtrel qui souhaiterait les épauler davantage. « On pourrait en accueillir quelques-uns au Raiatea Lodge pour qu’ils disposent d’ustensiles, de produits frais, d’une cuisine lumineuse pour réaliser leur recette. C’est une idée à creuser… ».

Comme lors des éditions précédentes, les ados ont mis la main à la pâte lors d’une cooking class durant laquelle ils ont pu cuisiner des vivriers, à laquelle ont notamment participé quelques employés de la cantine du Lut.
En cours de sciences et vie de la terre, les sixièmes ont réalisé un potager et confectionné des beewrap, ce tissu rendu rigide par un revêtement en cire, qui permet d’emballer de la nourriture. Le beewrap, lavable et réutilisable, remplace astucieusement tout film alimentaire plastique. Autant d’actions portant sur l’écologie, coordonnées par Vaihere Mu, professeur des sciences de la vie et la Terre, sachant que ce thème fait partie du programme scolaire des collégiens.
Ces derniers ont également découvert les tout nouveaux ateliers d’agrotransformation de Taputapuātea, visant à favoriser la transformation alimentaire artisanale. « Ces ateliers seront un maillon essentiel dans l’engagement de notre service de cantine vers plus de produits locaux », annonce Heremoana Raapoto.
Un personnel de cantines aux petits oignons
En effet, la cantine n’est-elle pas le lieu idéal pour habituer nos enfants à plus de légumes, de fruits frais, de ma’a local ?
Toutes les cinq semaines, un menu végétarien est déjà au programme, comme le détaille Chantal Tefaaora, chef adjoint du service de restauration :
« On concocte une salade verte agrémentée d’avocat et de bananes fē’ī frites. Puis, on leur sert un steak constitué de lentilles, pois cassés, carottes, pois chiches… qui est accompagné d’une purée de citrouille. Ou alors des spaghettis bolognaise sans viande.

Et la petite salade de fruits au dessert ! » Sous les ordres du chef cuisinier Maxime Pea et sous la gestion de Murielle Pea, l’équipe de restauration, composée d’une quinzaine d’employés, se mobilise afin d’ajuster ses préparations au goût des jeunes.
En pesant les restes, le personnel s’est aperçu d’un certain dégoût pour le chou, mais pas pour les tomates ou les concombres, bien au contraire. « Les rillettes de poisson leur plaisent aussi énormément, surtout quand on leur propose sur de petits toasts », confie l’un des employés. À l’image des adultes, les jeunes sont sensibles à la présentation, à la jolie bouchée savoureuse. « Petit à petit, au self, on intègre des produits locaux », renchérit Chantal Tefaaora.
Et ça marche ! Les élèves aiment bien la purée pommes de terre-citrouille, le poisson (thon, mahi-mahi, thazard), qu’il soit cru ou grillé, et les fruits du pays tels que la pastèque, la banane ou l’ananas. C’est sûr, on sert moins de pommes et d’oranges.
Petit à petit, au self, on intègre des produits locaux
Cuisine et vidéo
Le programme Healthy Class s’est clos par le concours Le fenua dans l’assiette.
Il s’agissait de cuisiner un plat sain avec au moins un ingrédient local et de filmer la recette.
Les neuf vidéos en lice, drôles, esthétiques ou didactiques, ont mis la Polynésie à l’honneur, et ce, en une minute au maximum.
Les élèves ont fait preuve d’audace, Lyla en cuisant et découpant, pour la toute première fois, du crabe ; Manon, avec son burger du fenua (steak de thon, légumes et frites de ’uru) ou encore Arthur en filmant sa pêche du jour, des tarao (loche) qu’il a poêlés et agréablement saucés. Pas de viande dans le choix des candidats, mais du poisson, de la crevette et du crabe finement mitonnés.
D’un commun accord, les jurés ont trouvé toutes les vidéos très pédagogiques, notant, ici, une musique d’ambiance travaillée, là, des propriétés nutritionnelles à chaque nouvel ingrédient introduit.
« Penser à utiliser du sucre de coco montre l’intérêt du jeune à rechercher un produit typique », souligne l’un des membres du jury. Ce résultat professionnel est dû au temps passé, parfois plusieurs jours, parce qu’il « faut une main qui cuisine et une autre qui filme, ce n’est pas évident ! », confie l’un des vidéastes amateurs.
Mais quelles récompenses ! Des repas à l’Intercontinental de Tahiti, au Raiatea Lodge, au restaurant Ixora ainsi que des bons de 15 000 Fcfp au magasin spécialisé en cuisine, Sogequip, afin que les élèves s’équipent comme des pros.
Inscrit comme projet d’établissement, Healthy Class est donc amené à durer. Celui-ci cherche toujours des moyens de motiver les adolescents pour qu’ils s’entretiennent mieux afin de profiter pleinement de leur année scolaire.

Instagram : healthyclass.lut
Dossier paru dans le magazine Tama’a #37 - Spécial Marquises - janvier 2026






