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Nicholas Chevalier la course vers le marché en 1869

Malgré la consonance de son nom de famille, Nicholas Chevalier n’était ni français, ni belge, mais russe. Après avoir étudié la peinture et l’architecture en Suisse et en Allemagne, il se mit à parcourir le monde, jusqu’à Tahiti.


© Texte : Alix Baer


C’est à Saint-Petersbourg en Russie qu’il vit le jour, le 9 mai 1828. Sa mère était russe et son père, de nationalité suisse, régissait les domaines du Prince Louis de Sayn-Wittgenstein, général de l’armée impériale russe. Durant sa scolarité, il apprend le français, le russe et l’allemand.

Le jeune Nicholas suit son père qui rentre en Suisse en 1845, alors qu’il vient de fêter ses 17 ans. Il étudie alors la peinture et l’architecture, à Lausanne tout d’abord, puis à Munich, apprend l’italien, parfait son anglais et s’intéresse au portugais. Alors qu’il a 23 ans à peine en 1851, il part travailler à Londres comme illustrateur.

Les lithographies et l’aquarelle sont ses principaux supports. Fin novembre 1854, Nicholas embarque pour l’Australie à bord du Swallow pour y rejoindre son père et son frère.

Il arrive à Melbourne le 25 décembre. Il obtient tout d’abord un emploi de caricaturiste pour le journal Melbourne Punch, puis NICHOLAS CHEVALIER réalise des illustrations pour l’Illustrated Australian News. A partir de 1857, alors qu’il est jeune marié, il accompagne le météorologue Georg von Neumayer dans son exploration des régions éloignées de Victoria. Les oeuvres réalisées durant cette période, comme le Mont Arapiles et le Mitre Rock (1863), sont les plus reconnues de sa carrière. En 1864, lors de la fondation de la National Gallery of Victoria, le gouvernement acquit le meilleur tableau considéré comme le meilleur exposé. Sa peinture à l’huile The Buffalo Ranges (1861) fut alors sélectionnée. Elle fut la première, réalisée en Australie, à être incluse dans la collection de Melbourne.


Homme charismatique, charmant et cultivé, parlant 6 langues couramment, il est aussi un excellent musicien. Il devint même, après 1871 second violoniste dans la Royal Amateur Orchestral Society qui avait été fondée par des officiers du Galatea.


Course vers le marché, Tahiti, 1869. Peinture à l’huile sur toile, conservé à la Art Gallery de New South Wales, Sydney.


En 1865, Chevalier visite la Nouvelle-Zélande, voyage beaucoup et réalise de nombreuses oeuvres qui sont exposées à Melbourne à son retour. En 1869, il se joint au HMS Galatea en tant qu’artiste avec le Duc d’Édimbourg, pour un voyage vers l’est avec un retour à Londres, des escales à Tahiti, Hawaï, au Japon, en Chine, à Ceylan et en Inde. Les tableaux peints durant ce voyage furent exposés à South Kensington (bientôt surnommé London’s Museum quarter). En 1869 ou au début de 1870, alors à Tahiti, il peignit cette huile sur toile, La Course au marché. Il était considéré comme faisant partie de l’école des Orientalistes. Ce courant artistique a rassemblé des peintres majeurs du XIXe siècle, dont Eugène Delacroix, Jean-Léon Gérôme, John Frederick Lewis ou encore David Roberts.


On y reconnaît la quête de représentation de l’exotisme oriental qui fascinait l’Occident, y compris quand la scène représentée venait du Pacifique sud. La représentation de marchés, des scènes quotidiennes animées, qui semblent pittoresques aux yeux des Européens, était particulièrement recherchée, mais l’école orientale s’attachait aussi à dévoiler de nombreux détails, ; fussent-ils parfaitement inventés. Ainsi les costumes traditionnels, parfois rêvés plus que fidèles à la réalité habillent les sujets : quels que soient les régions du monde, caftan, turbans ou voiles sont omniprésents.


La « concierge parisienne » qui tient ses paniers d’oeuf et de poules n’a rien de commun avec la vahine polynésienne, fut-elle vêtue de la traditionnelle robe missionnaire de la seconde moitié du XIXe siècle, mais sa robe bleu canard aux plis multiples participe du dynamisme de la scène. La texture réaliste des textiles est un aspect majeur de ces oeuvres. Ils contribuent au mouvement et s’affirment comme partenaires de la lumière souhaitée, essentielle au style oriental : c’est très perceptible dans la toge jaune « à la romaine » flottant au vent sous l’effort du rameur, toge à laquelle aucun tapa n’a jamais ressemblé.


Le tableau de Chevalier de 1861, «The Buffalo Ranges», a été la première peinture sur un sujet australien ajoutée à la collection d’art de la National Gallery of Victoria.


Les détails de la scène quotidienne ont également leur importance. Ils apportent leur véracité à une représentation souvent imagée, stéréotypée ou idéalisée. Les coquillages, les coraux ou l’huître perlière, les ananas (introduits par Bligh en 1788), les bananes (endémiques), le melon (introduit par les missionnaires en 1840), les oranges (introduites par Cook en 1777 lors de son 3e voyage) ou le petit cochon apportent à la scène sa crédibilité.

C’est de plus une des rares oeuvres picturales qui mettent en valeur les produits du fenua. La scène, dans la globalité, rappelle les courses de pirogues, celles-là plus grandes, qui venaient de tous les districts de Moorea (l’île en arrière-plan) approvisionner les marchés de Papeete, aux légumes ou aux poissons, officialisés par décret au début des années 1850.


Pour la petite histoire, la course des pirogues est erronée, car la perspective de Moorea indique que les pirogues sont déjà très au sud de Papeete. Mais les orientalistes n’étaient pas des géographes.


A partir de 1871, Nicholas Chevalier ne quitta plus Londres, sauf pour des voyages professionnels, comme en janvier 1874, où il fut commissionné par la Reine Victoria pour se rendre à Saint-Pétersbourg et peindre un tableau du mariage du Duc d’Édimbourg. C’est dans la capitale britannique qu’il décéda le 15 mars 1902. Pourtant, ce sont les musées du Pacifique Sud qui possèdent le plus de ses oeuvres : Te Papa Tongarewa à Wellington, la Dunedin Public Art Gallery (sud de l’île du sud de Nouvelle-Zélande), le Musée d’art de Honolulu, la National Gallery of Victoria, la Ballarat Fine Art Gallery, l’Art Gallery of New South Wales et la Bibliothèque Nationale d’Australie (Canberra) notamment. Sans nul doute l’occasion d’intéressants voyages avec notre compagnie.

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