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Cocktails signature de Teva sur le Vaeara'i

  • il y a 7 jours
  • 4 min de lecture

C’est Vendredrink sur le Vaeara’i.Bringue, groupe de musique local, horizon bleu à bâbord et tribord, Tahiti qui rapetisse dans le sillage derrière la poupe et Moorea droit devant, dont les reliefs majestueux se précisent petit à petit. Parmi les cocktails servis, il y a le Hawaiki Nui, le Bora Bora Lagoon, le Vaeara’i Sour, le Daiquiri ou encore le Mara’amu, chacun possédant ses propres couleurs, saveurs et textures.

Le temps d’une virée entre ciel et mer, goûtons à ces breuvages exquis et découvrons celui qui les prépare d’une main de maître, Teva Teriitemoehaa, animé d’une passion intacte depuis plus de quarante ans.


© Texte et photos: Doris Ramseyer


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Cocktails du Vaeara’i :un mélange de beau et de bon

Métier : barman.

Rôle : préparer et servir des boissons classiques ou plus sophistiquées qu’habituellement.Fonction implicite : incarner l’âme et l’ambiance d’un bar, faire preuve de discrétion, de diplomatie et d’un bon sens de l’écoute.

Particularité sur le Vaeara’i : préparer des boissons au gré des humeurs de l’océan, tout en conservant le savoir-être irréprochable d’un barman. Des compétences devenues presque une seconde nature chez Teva Teriitemoehaa — ou peut-être est-ce le contraire, quand la personnalité déteint sur le métier.


Au bar niché entre le salon arrière et le sun deck, Teva et Vaiarii confectionnent des cocktails de toutes les couleurs et de tous les styles. Les gestes des barmen, rapides et habiles, démontrent une passion évidente et un talent de prestidigitateur : le shaker est comme le chapeau d’un magicien, d’où les liquides, dosés avec précision, savamment mélangés, ressortent en boissons capiteuses, dotées de goûts inattendus. Les fruits en jus, en purée ou en sirop, se marient à de l’eau-de-vie et des liqueurs, à de la crème, voire à une boule de glace, puis sont versés, filtrés, rafraîchis et zestés, se transformant en cocktails aussi exquis qu’esthétiques.

« Pour être barman, il faut aimer ce qui est bon et beau ! », note Teva, chef barman et chef qualité du restaurant à bord du Vaeara’i depuis bientôt trois ans.

Le cocktail Mara’amu, puissant et glacé, est prêt. La paille se fraie un chemin entre les glaçons, se glisse dans la texture liquide, rencontre les lèvres du dégustateur qui aspire, goûte, ferme les yeux, savoure.

Tout un voyage en soi.


Itinéraire de barman

Teva est un mixologue étonnant : il ne boit pas de cocktails, ne goûte à aucune de ses créations ni à celles des autres, compose et se repère uniquement en fonction de la texture et du visuel de ses mélanges.

Développant une véritable passion pour son métier, ce barman qui rêvait d’être steward est devenu un artiste des liqueurs. Il remporte en 1990 et en 1992 le premier prix du meilleur barman de Polynésie. C’est un homme que la vie a poussé sur la voie des bars, des restaurants, des boîtes de nuit et des navires dès ses 18 ans, parce qu’en arrivant des îles à Tahiti pour étudier au lycée, il a rapidement dû subvenir à ses besoins.


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Quittant l’école, Teva débute comme serveur de piscine à l’hôtel du Tahara’a, apprend vite grâce à son sens inné de l’observation, progresse parce qu’il est doué, appliqué, motivé. Barman, puis chef de bar, il exerce à l’InterContinental Tahiti Resort & Spa (anciennement le Tahiti Beachcomber Parkroyal), sur l’Aremiti, puis au Tahiti Ia Ora Beach Resort (ex-Méridien), dans lequel il passe l’essentiel de sa carrière.


À Punaauia, il gravit encore des échelons jusqu’à endosser les responsabilités de directeur de restauration, un poste qui l’amène à voyager. C’est l’occasion de découvrir de nouveaux pays, de s’enrichir d’autres cultures et, bien sûr, de rapporter des recettes de cocktails !


Teva réussit parce que la direction du Méridien croit en son talent et le pousse dans ce sens, bousculant des idées préconçues, car l’ambition tient peu de place ; il réussit aussi pour démontrer à sa famille qu’être barman est un métier d’avenir exaltant. La covid brise cette harmonie. Le Méridien ferme ; Teva rebondit. D’abord prestataire de services dans la restauration, il est ensuite engagé sur le Vaeara’i. S’il ne rêve plus d’un métier de l’air, aujourd’hui il exerce avec bonheur un métier de mer. Mais, surtout, il rêve de ne jamais arrêter ce métier-passion, fait de relations humaines, d’enrichissement au contact de la diversité des langues et des cultures, d’adaptation à une clientèle hétéroclite, de management et de transmission de son art. Une profession exigeante, mais passionnante !


Un métier complexe et créatif

Hauata et son groupe emplissent les lieux de joie, de chants et de musique pa’umotu. Les clients s’installent à l’intérieur pour profiter du concert, chanter avec les musiciens, battre la mesure avec les pieds ou les mains, ou même pour danser. D’autres prennent place à l’extérieur, admirant le paysage et s’enroulant dans l’air marin. Où qu’ils soient, les passagers viennent au bar pour les créations de Teva, pour sa jovialité, son professionnalisme, son écoute, sa bienveillance, ses conseils. « Barman, c’est aussi un métier de psychologue », affirme ce dernier.


Teva crée, invente et compose des cocktails sur-mesure, s’adapte aux goûts masculins ou féminins, prépare des alliances vigoureuses, douces ou acidulées. « Un cocktail, ce n’est pas qu’une histoire de mélanges, il y a plus, il faut un coup de main. » Il connaît les ingrédients non compatibles, car toutes les saveurs ne se marient pas, et compare la confection d’un cocktail à celle d’un plat en cuisine. Le mixologue explique que les noms ont toujours une signification, comme le Long Island Iced Tea, qui n’a de nom que le thé – ce dernier étant totalement absent –, il y ressemble pourtant grâce à l’association de cinq alcools, de jus de citron, de sirop de sucre et d’un trait de cola.

Teva crée, invente et compose des cocktails sur-mesure

Il y a peu, Teva découvre le Miami Vice, doux, fruité et mousseux, dans lequel la piña colada rencontre le daiquiri à la fraise, un coup de cœur qui depuis figure sur sa carte. Il affectionne aussi le mojito, une très belle création au parfum rafraîchissant, ou encore le maitai, qu’il remarque à Hawaii et qu’il repense à sa façon à Tahiti, mêlant harmonieusement rhum blanc, rhum ambré, jus de fruits et sirop au marasquin pour un cocktail corsé.

Le Vaeara’i vient d’accoster sur l’île sœur ; explosion de verdure, de pics acérés, agitation de passagers et de véhicules sur le quai. Vendredrink se poursuit bientôt, en sens inverse, au son du ukulélé et de la voix souriante, inoubliable, de Hauata.

Comme les cocktails de Teva.
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